Là-haut sur la montagne

Après avoir goûté la veille aux effluves issues des entrailles de la terre, nous nous levons avec l’intention de toucher le ciel au sommet du Takachihonomine (qu’on appellera Takachiho pour faire simple).

La météo s’annonce bonne. Depuis la fenêtre de notre chambre d’hôtel, nous voyons les brumes se dissiper. La masse du Sakurajima apparaît à l’horizon, nous indiquant le sud.

Après un bon petit déjeuner, nous faisons le check out et prenons la route pour être à 9h au pied de la montagne. La petite route qui grimpe au parking serpente dans la forêt, c’est un vrai plaisir par cette matinée ensoleillée à la température agréable. Mais à 600 mètres de notre but, nous voici arrêtés dans un… bouchon ! Il faut dire qu’avec Yoko nous ne sommes pas vraiment matheux et nous n’avons pas su résoudre l’équation [samedi + beau temps + saison des azalées = x]. Le résultat est là, les japonais sont venus nombreux, très nombreux, dans la montagne.

À peine installés dans ce petit bouchon, nous voyons déjà des voitures devant nous renoncer et faire demi-tour. Que faire ? Nous savons que nous ne reviendrons pas ici avant… longtemps. Et nous nous étions promis de faire cette ascension depuis… longtemps. On coupe le moteur et on attend.

Arrivés à 9h, il nous faudra 2 heures pour parcourir 600 m et pouvoir enfin se garer. L’attente n’a pas été désagréable dans ce décors bucolique, l’occasion de discuter, envoyer quelques messages. La personne qui nous accueille à l’entrée du parking nous apprendra que celui-ci est plein depuis… 7h du matin ! Il peut pourtant accueillir plus de 200 véhicules.

Enfin, nous nous mettons en marche. Nous nous rendons d’abord à l’emplacement d’un ancien temple qui a été détruit par une éruption volcanique. Je vous en avais déjà parlé dans un précédent article.

Puis nous nous lançons à l’assaut de la montagne. Le parcours commence doucement par une petite voie dallée sinuant au milieu des arbres. Une phrase me vient à l’esprit : « l’enfer est pavé de bonnes intentions ». Ça m’étonnerait beaucoup que ce chemin idyllique se poursuive jusqu’au sommet.

Effectivement, nous nous retrouvons rapidement sur un sol sableux encombré de multiples pierres volcaniques. Et c’est sur ce type de terrain que nous allons faire toute l’ascension.

Assez rapidement, nous sortons du couvert et nous retrouvons au pied de la pente. Je laisse le soin à des gens plus doués que moi en géométrie de calculer l’angle auquel nous sommes confrontés. Les japonais n’ont pas inventé la route en lacets. La « grimpette » vers le sommet se fera en ligne droite, presque sans détour. Les pieds s’enfoncent dans les parties les plus meubles. On a parfois l’impression d’escalader une dune géante. Je n’imagine pas ceux qui s’attaquent à ça en plein été.

Les azalées présentes partout sur le flanc de la montagne nous permettent d’oublier notre peine. C’est la pleine saison et c’est magnifique !

Enfin, nous parvenons à un premier replat. Nous sommes au bord du cratère du volcan Ohachi : 500 m de large, 200 m de profondeur. Il est interdit d’y descendre car il est toujours actif même si aucune fumée ne s’en échappe. Les dernières éruptions notoires ont eu lieu il y a un siècle, ce qui n’est rien à l’échelle géologique. Nous le contournons par la crête.

Dans une zone érodée, la couleur de la terre témoigne de l’histoire géologique du lieu.

Un peu plus loin, le chemin redescend un peu pour former ce que les locaux appellent « le dos du cheval ». Dans le creux, un petit sanctuaire est dressé.

Il y a longtemps, c’est un vrai temple qui se dressait là. Détruit par des éruptions, il a été descendu sur le site que nous avons visité ce matin, lui-même détruit à nouveau. Il a été rebâti encore plus loin où il se trouve actuellement mais tout ça je vous en ai déjà parlé ici.

Il nous reste un peu plus de 400 mètres à parcourir pour atteindre le sommet. Plus on grimpe, plus le paysage est prometteur. En attendant, il faut faire travailler les cuisses…

Enfin, nous y voilà ! 1574 mètres d’altitude.

Au sommet du Takachiho se dresse une « lance à trois pointes » nommée Amanosakahoko. Il s’agit de la lance avec laquelle Izanagi et Izanami ont brassé la boue qui, sous le Paradis, constituait la terre. Il n’y avait alors rien d’autre. En retirant la lance de la boue, quelques gouttes sont tombées et ont ainsi formé les premières îles japonaises. Un peu plus tard (oui, à l’époque ils n’ont pas jugé bon de noter la date exacte quelque part pour qu’on puisse s’en souvenir), Ninigi-no-Mikoto, le petit fils de la déesse du Soleil Amaterasu, est descendu sur terre à Kirishima. Outre les trois trésors impériaux japonais (une épée, un miroir et un bijou), il a amené avec lui la lance Amanosakahoko. Il s’en est allègrement servi pour « pacifier » la région puis, jugeant que la guerre, c’est pas bien, il a planté la lance au sommet du Takachiho en signe de bonne volonté pour faire la paix, mais vraiment cette fois-ci. En même temps, une fois que tout le monde est mort…

Au passage, je rappelle pour ceux qui n’ont pas suivi (oui, je vous vois là-bas, dans le fond) que Ninigi-no-Mikoto est l’arrière grand père de Jinmu, le premier empereur japonais.

Et donc, cette lance est toujours là, plantée au sommet du Takachiho. Enfin… en tout cas il y a un fac-similé car celle d’origine a été cassée. Mais la vraie de vraie lance, celle qui a servi à créer le Japon tout ça tout ça, elle est attestée par des écrits depuis l’époque de Nara. Elle est aujourd’hui déposée au temple Kirishima Higashi que nous avons visité hier.

Enfin, bon, nous sommes là surtout pour la vue depuis le sommet. On profite.

Il nous faut maintenant redescendre. Ça demande moins de force physique mais toujours autant d’agilité et de vigilance pour ne pas rouler jusqu’en bas de la pente dans le sable et les cailloux.

Nous retrouvons le volcan Ohachi et sa ligne de crête…

Puis nous entamons la dernière pente raide.
Vous voyez le parking tout là-bas ?

Malgré l’attente pour accéder au parking, nous sommes très satisfaits de cette expédition. Il nous aura fallu quatre heures pour faire l’aller-retour tranquillement (nous avons fait une pause déjeuner en cours de route). Le terrain est difficile mais la distance n’est pas si longue. Et puis crapahuter au milieu des azalées en fleur, on a vu pire comme épreuve !

Et c’est sur cette ascension que nous faisons nos au revoir à Kirishima. Qui sait quand nous reviendrons. Il nous reste un peu plus de deux heures de route pour retrouver la maison.


Breaking news

L’an dernier, j’ai participé à un concours (modeste) de vidéo à Tokyo sur le thème des fleurs. La principale contrainte étant la durée imposée de 90 secondes du film. J’ai eu le bonheur de recevoir le deuxième prix.

L’été dernier, j’ai réalisé un second film dans ce cadre. J’ai reçu avant hier un e-mail de la part du jury : j’ai reçu le premier prix !

Vous pouvez voir le film ici.

2 réponses à « Là-haut sur la montagne »

  1. C’est très beau cet endroit…. On doit s’y sentir tout petit…

    Gildas, félicitations pour ton 1er prix !

    et dire que ton blog va bientôt se teminer, snif !

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  2. Avatar de Jerome Marchand
    Jerome Marchand

    Il ne fallait pas rater cela effectivement. Quelle beauté , quelle résilience de la nature. Merci de cette visite, j’ai lu en kibadachi, histoire de travailler les cuisses aussi !

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