Nous sommes déjà bien engagés dans les préparatifs de notre retour, surtout Yoko qui s’agite pour préparer tout ça. Mais avant de quitter le Japon, nous voulions faire un dernier voyage et nous avons opté pour retourner à Kirishima. Trois raisons à cela :
– c’est une belle région à bien des égards,
– nous avons un ami à rencontrer là-bas,
– nous voulons faire l’ascension du Takachiho.
Donc après notre visite à l’usine de matcha, nous sommes partis plein nord avec juste un petit crochet pour faire coucou à de la famille. Chez eux, ils sont sur le point de piquer le riz alors que chez nous, à seulement 50 km plus au sud à vol d’oiseau, le riz est piqué depuis presque un mois.

Nous arrivons à notre hôtel en fin d’après-midi. Cet hôtel nous a été recommandé par une amie de Nagasaki. C’est « un peu » au dessus de nos standards mais bon, dernier voyage oblige, on se fait plaisir.
La famille qui tient l’hôtel est dans le métier depuis le début du XXe siècle. Après la guerre, l’ancien hôtel a été abandonné et un nouveau bâtiment, mieux situé, a été construit où nous nous trouvons actuellement. L’ambiance est très rétro, mais comme tout est absolument bien entretenu, c’est plutôt nous qui sommes transportés dans le passé que l’hôtel qui a l’air vieux.



L’hôtel dispose de plusieurs salons, dont deux sont dotés de vitrines qui exposent le travail d’un couple d’artistes. Il y a plusieurs bibliothèques et des fauteuils confortables à foison pour s’installer (mais on n’en a pas profité). Un salon est même réservé à l’écoute de musique, avec un tourne disque et quelques 33 tours à disposition.
En arrivant à l’hôtel, les femmes peuvent choisir un yukata de leur choix à assortir à un obi (une ceinture) qui leur convient. Cela change des yukata uniformes habituellement disponibles dans les hôtels. En revanche, pour les hommes, c’est tout le monde pareil.

Depuis la fenêtre de notre chambre, la vue porte loin… s’il fait beau, bien sûr. Mais quoi ! Ce n’est pas si mal comme paysage pour moi qui aime la brume.

Comme nous sommes à Kirishima, l’hôtel dispose évidemment d’un onsen intramuros accessible librement aux clients. Il y a aussi 5 bains en extérieur, gratuits pour les clients mais sur réservation uniquement. On ne s’est pas privés.

Niveau nourriture, on a droit à du traditionnel japonais. Il y a plein de choses différentes à déguster en petites bouchées. C’est très beau mais, hélas, aucun mets ne m’a vraiment ému, sauf peut-être la pieuvre et la seiche, mais dans ces cas-là, l’émotion n’est pas la bonne. J’aime pas les trucs caoutchouteux.



Le lendemain matin, malgré un petit espoir au réveil, l’horizon se bouche très vite.


Afin de nous mettre en jambe, nous partons à pied depuis l’hôtel pour aller voir une cascade à quinze minutes de là. La promenade en forêt est très agréable même si, au final, nous ne voyons la chute d’eau que de loin.



Nous prenons ensuite la voiture pour nous rendre au temple Kirishima Higashi. Nous avons déjà visité ce temple lors d’un précédent séjour dans la région (et je vous en ai parlé ici). C’est vrai que c’est un beau temple et la météo n’y change rien, au contraire ! L’aura mystique est décuplée.




Après cette visite tranquille, nous filons chez Hiroshi san qui nous invite à déjeuner chez lui. C’est avec lui que nous avions découvert Kangamizo où nous avons tourné ce film (la Porte) par la suite. Il est venu voir mes expositions. Lui-même est un créateur touche à tout. On sent chez lui un besoin un peu compulsif de fabriquer des choses. Il a un côté artisan d’art. Il vient régulièrement en Europe vendre son travail.
Il vit seul dans une ancienne maison qui est un formidable bric-à-brac. Il a beaucoup de vieux objets, une collection de malles, de cornes d’animaux, des verres de toutes sortes… et des outils un peu partout. Dans cette profusion, le désordre n’est qu’apparent. Tout est propre et, quand on y regarde bien, organisé.

Il nous a préparé un déjeuner simple mais qui fleure bon le fait maison. Tout est cuit avec le poêle à bois qui lui sert de chauffage. Les truites ont été pêchées par un ami, le riz cuit à la marmite…
Après le repas, il souhaite nous emmener dans un endroit « pas commun ». Nous prenons la voiture et, vingt minutes plus tard, nous nous garons à proximité d’une rivière laiteuse et tiède.

Et c’est parti pour une remontée sportive du cours d’eau ! Il est presque impossible d’utiliser les berges, trop escarpées, encombrées de rochers et d’arbres. Il faut se garder de pierres glissantes et du sol boueux. Plus nous grimpons, plus l’odeur de souffre devient forte.


Nous débouchons enfin dans un espace ouvert mais complètement enfumé. On ne sait pas trop si c’est Verdun ou les portes de l’enfer, l’un et l’autre peuvent se confondre.


Il fait chaud ici. On entend des bouillonnements un peu partout et, effectivement, certaines mares sont littéralement en ébullition. Pensez à l’eau de cuisson des pâtes et multipliez la taille par 500.


Un peu partout, de vieux tuyaux traînent, vestiges de la tentative de récupération des eaux chaudes pour les hôtels en contrebas dans la vallée. Certaines installations sont fonctionnelles.
Hiroshi san nous assure que par beau temps, le jeu des rayons du soleil dans les fumées est magnifique, mais la météo n’y est pas. Les poumons pleins de gaz divers et sans doute non recommandés, nous retournons aux voitures par un chemin beaucoup plus praticable que la rivière, à travers la forêt. Ah ! Il nous a bien eu !
Nous nous séparons là, Hiroshi nous promet de venir nous voir en France… À bientôt donc, cela nous rappelle que nous vivons le temps des séparations.

De retour à l’hôtel, nous cédons encore aux plaisirs du bain. L’eau dans laquelle nous trempons arrive peut-être tout droit de la source visitée dans l’après-midi. Je crois que nous avons une petite préférence pour la version domestiquée…
Et puis il faut bien se reposer car demain… demain !



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