Depuis le temps qu’on l’a sous le nez… Tous les matins en se levant nous regardons le Kaimondake. Ça fait 20 mois que ça dure. Ça fait 20 mois qu’on se dit qu’il faut qu’on grimpe là haut. Et on l’a fait, enfin !

Pour rappel, le Kaimondake est un ancien volcan, aujourd’hui éteint. Il a cette forme de cône presque parfait qui lui vaut le surnom de Satsuma Fuji, Satsuma étant le nom de l’ancienne province dont Kagoshima était le cœur jusqu’à l’ère Meiji (deuxième moitié du XIXe siècle). Sa forme est largement soulignée par le fait qu’il a les pieds dans l’océan et uniquement le ciel pour arrière-plan. Il fait partie des 100 montagnes notables du Japon.
On nous a prévenu, l’ascension n’est pas aisée. Il faut prévoir 5h30 aller-retour, éviter les jours ou lendemains de pluie, ne pas partir dans l’après-midi au risque de rentrer dans la nuit. Des conditions qui nous ont déjà empêché de nous lancer.
D’ailleurs, l’entrée du seul chemin qui mène au sommet est équipée d’un capteur qui compte le nombre de personnes qui montent… et le nombre de personnes qui descendent. Si en fin de journée le compte n’y est pas, les pompiers interviennent.

À 10h30, nous n’étions pas dans le peloton de tête pour commencer à grimper. Nous avons même croisé très rapidement des groupes qui descendaient. Des jeunes sportifs qui avaient dû se lancer avant le lever du soleil (le soleil se lève à 6h ici en ce moment).
Le Kaimondake est intégralement recouvert d’une forêt plutôt basse d’arbres à feuilles persistantes pour la plupart. Aussi, tout au long de la montée nous ne pouvons apercevoir le paysage qu’à trois occasions avant l’arrivée au sommet. Avantage : on grimpe à l’ombre et relativement à l’abri du vent.

Le chemin décrit une lente spirale autour de la montagne. Il est étroit, on ne marche pas à deux de front, il faut s’arrêter pour se croiser.

Au départ, c’est plutôt de la terre avec quelques cailloux. À environ un tiers du chemin, le sentier devient empierré d’une sorte de gros gravier (jusqu’à la taille d’un poing quand même) qui est très roulant. Ça va en montant, ça roule vraiment en descendant. Chacun notre tour, on s’est retrouvé sur les fesses une fois lors du retour. De vraies billes ! (Je parle des cailloux, hein !).

Sur le dernier tiers, le chemin se fait sur des gros amas de rocher puis sur le rocher de la montagne lui-même.

Les mains viennent souvent à la rescousse, surtout dans la dernière partie. On doit aussi passer par une échelle juste avant d’accéder au sommet.

Pendant que nous grimpons, nous croisons des personnes qui redescendent. Nous doublons parfois des gens qui prennent leur temps, comme ce groupe de trois femmes qui semble s’être donné pour challenge de monter en rigolant. On les a entendues rire avant de les voir et longtemps après les avoir doublé. Je souris rien qu’à y repenser. C’est contagieux la gaîté !
Certains grimpeurs vont vraiment plus doucement que d’autres et on le comprend bien vu leur âge apparent. Non seulement le chemin demande un effort physique, mais il requiert aussi un minimum d’habileté ! Le poids des ans n’a pas entamé leur détermination.
En chemin, nous trouvons ce panneau qui indique que des yamabushi, des sortes de moines ascètes des montagnes, venaient s’entraîner ici. Si le chemin vers le sommet n’est pas simple aujourd’hui, je me demande comment ils s’y retrouvaient avant…

Juste sous le sommet, il y a évidemment un petit temple.

Enfin, nous y voilà ! 924 mètres au-dessus du niveau de la mer.


Il fait beau mais l’air est brumeux. Impossible de voir le Sakurajima au nord, Makurazaki à l’ouest ou même les îles au sud. Ça ne nous empêche pas de profiter. La vue est belle quand même. D’ailleurs nous arrivons à localiser à peu près la maison quelque part par là…



Finalement, nous étions en bas peu après 15h. Nous avons donc réalisé le trajet en seulement 4h30 sans traîner mais sans forcer non plus. Mais on ne va pas le cacher, on a eu des courbatures pendant 2 jours après.
Le temps qui nous reste à passer ici diminue comme peau de chagrin (expression qui va bien ici). Nous avons encore prévu beaucoup (trop ?) de choses à faire avant de rentrer en France cet été. Les mois qui restent à passer ici vont nous donner l’impression d’avoir le pied sur l’accélérateur. Il va falloir se raisonner et faire des choix. On ne peut pas tout faire. Qu’est-ce qui est important ? Ce séjour au Japon est comme une petite vie en accéléré. Quelle expérience !


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