Ce matin : onsen.
Nous sommes retournés à ce onsen qui propose uniquement des bains familiaux, je vous en avais déjà parlé l’an dernier. Chacun des 8 espaces proposés se divise en deux petits bains, un à l’intérieur, l’autre à l’extérieur.
Source d’eau chaude naturelle, entre soufre et fer, les matériaux prennent une teinte orangée.

Je ne sais pas si on l’avait bien mérité ce onsen mais en tout cas il nous a fait du bien.
La semaine dernière, j’ai envoyé en production un dossier sur lequel je travaillais depuis fin novembre. Un catalogue de 268 pages. Sachant que sur la même période, j’en avais déjà bouclé un fin janvier de 192 pages. Ouf !
Je crois que, avec le flux de travail de mes autres clients, ça m’a pris pas mal de jus au final. En tout cas, je me sens soulagé d’un poids.

Et puis on a eu un gros évènement avec l’expo des calligraphies des élèves de Yoko. Nous avons fait l’accrochage le 1er mars à la galerie Dasoku (celle dans laquelle j’ai exposé). Le 2 mars, interview du professeur Watase par la presse locale. Le 4 mars, parution de l’article. Le même jour, accueil d’une foule de japonais à la galerie.
Je n’ai pas pu me rendre à la galerie ce premier jour de l’expo, mais de nombreux japonais se sont présentés. Certains ont patienté plus d’un quart d’heure à l’extérieur en attendant l’ouverture. Des gens avaient fait plus d’une heure de route pour venir voir l’expo. De mémoire de galériste, on n’avait jamais vu un tel engouement.

Même le big boss de la calligraphie de Kagoshima a fait le déplacement. S’il n’a pas donné d’appréciation (ce n’était pas les travaux de ses élèves), il est quand même resté environ une heure pour regarder 13 œuvres. Il faut croire que ça l’a intéressé un peu quand même.
L’article de journal a été très porteur, c’est certain. Et Yoko a bien bossé pour transmettre des invitations à droite et à gauche, déposer des flyers ici et là. Mais je pense que les japonais se sont montrés curieux de voir par eux-même ce truc qui leur semblait improbable : de la calligraphie japonaise faite par des français.
N’ayons pas peur de le dire, ils ont été surpris par le niveau.

Surpris et touchés aussi. Au-delà de la maîtrise du pinceau, ils ont senti de la liberté, de la profondeur, et d’une certaine façon de la proximité aussi. Comment des gens qui vivent à l’autre bout de la planète peuvent-ils réussir à s’exprimer ainsi avec des codes si typiquement japonais ? Serions-nous tous touchés de la même façon par la beauté ? Notre humanité dépasse-t-elle à ce point les cultures ? Watase sensei ! Expliquez-nous !
Sarah (élève de Yoko) et Anne-Marie (maman de Sarah) sont arrivées chez nous le 7 mars après avoir passé quelques jours vers Tokyo puis Kyoto. J’ai été les chercher à l’aéroport (Yoko étant restée à la maison pour préparer la journée du lendemain) et nous avons fait quelques détours en rentrant pour voir quelques coins de verdure. Elles ont exploré notre bout de campagne avec plaisir, elles qui n’avaient vu que de la ville jusqu’à présent.

Nous avons découvert ensemble Ryumon taki, la cascade de la porte des dragons (ou un truc comme ça). Elle fait partie des 100 cascades remarquables du Japon avec ses 46 mètres de haut sur 43 de large.
Nous sommes ensuite allés dans le creux d’une vallée quasi abandonnée voir Chigo no taki.
Chigo no taki, ça fait longtemps que je voulais vous en parler.
Pour se rendre de chez nous à la grande ville de Kagoshima, il faut environ une heure. Nous devons traverser la montagne. Le relief étant très escarpé, pour gagner du temps il faut soit des tunnels pour traverser les montagnes, soit des viaducs pour esquiver la descente dans les vallées. En fait, c’est un peu les deux.
Chemin faisant, la route s’élève peu à peu et donne à percevoir parfois des vallées encaissées qui ont l’air tout à fait sauvages. Et puis de temps en temps, une petite route semblant surgir de nulle part débouche sur la route principale.

Un jour que nous rentrions de bonne heure d’une escapade à Kagoshima, j’ai décidé de donner un coup de volant pour m’engager sur une de ces petites routes. Que la curiosité est un beau défaut ! Après avoir serpenté un peu, nous avons trouvé en bas un hameau clairsemé et un panneau indiquant Chigo no taki.
L’endroit a beaucoup de charme. Déjà c’est vert. Très vert. Et puis il y a la cascade à laquelle on accède facilement.


Et puis il y a les pruniers ! Une vingtaine de pruniers ! Il fallait absolument que Sarah et Anne-Marie voient ça !


Il y a 20 ans, un peu plus de 20 foyers étaient habités ici. La commune a investi pour essayer de conserver la vitalité du hameau, notamment en bâtissant un four à poterie à deux niveaux.

Las, le four n’a servi qu’une seule fois et aujourd’hui seules trois maisons sont occupées. Amis potiers, si vous me lisez, allez à Chigo no taki, il y a un four qui ne demande qu’à fonctionner !
Cerise sur le gâteau, lorsque nous avons découvert ce lieu avec Yoko (c’était le 18 janvier, vous voyez que je ne vous raconte pas tout), nous avons rencontré un habitant du hameau : So sensei. L’homme a 82 ans (ou un peu plus ?) et il continue à enseigner… les arts plastiques, bien sûr, aux enfants des écoles primaires et maternelles de Kagoshima. Un prof itinérant en quelque sorte. Il n’habite pas à proprement parler à Chigo no taki mais y a un atelier où il nous a accueilli pour discuter. Nous nous sommes revu plusieurs fois depuis, notamment lors d’une exposition qu’il a organisée avec les travaux de ses élèves (dont je ne vous ai pas parlé et pourtant…).
Mais revenons à Sarah et Anne-Marie. Elles aussi ont été enchantées par Chigo no taki. Et elles ont pu rencontrer So sensei qui était là ce jour là. Il nous a invité dans son atelier et Sarah, dont le lieu a aiguillé la force créative, a même eu le droit de modeler un petit vase.

Nous avons ensuite poursuivi notre chemin jusqu’à chez nous pour retrouver Yoko. Je crois que Sarah et Anne-Marie étaient contentes de se poser un peu après avoir tant marché en ville les jours précédents. Mais le week-end ne faisait que commencer…
Je vous quitte là-dessus, avec un peu de suspens, et j’essaye de vous écrire la suite sans trop tarder (oui, par ce que j’ai bien conscience que plus ça va, plus le temps s’étire entre deux articles).

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