… Hokkaido viendra à toi.
Hokkaido, c’est sûr, j’aimerai bien y aller, mais ce n’est pas à côté. Entre chez nous et Hakodate, porte d’entrée de cette grande île du nord du Japon, il y a 1500 km à vol d’oiseau. En voiture, c’est 28 heures de route ! Même en avion, c’est au moins 4h avec escale.
Qu’importe ! Puisque nos moyens et le temps dont nous disposons nous interdisent d’aller à Hokkaido, ne voilà t-il pas que Hokkaido nous rend visite !
Mardi 4 février
Yoko vient me sortir du lit. Il a neigé ! Un truc comme ça, ça n’arrive pas souvent sous notre latitude et la neige va sans doute fondre rapidement.
J’adore la neige. Toujours cette histoire de voir un paysage familier complètement transformé, comme deux lieux qui se superposeraient momentanément l’un à l’autre. Le voyage immobile.

Ce n’est pas un gros manteau de neige, plutôt un voile léger. Mais on s’estime déjà heureux de vivre cet instant. La neige est éphémère et on se régale les yeux tant qu’elle est là.



C’est tôt le matin et le froid fixe encore le blanc sur la végétation. Très vite, la neige va disparaître et le mont Ono retrouvera son aspect habituel, la neige résiduelle se trouvant sous la couverture des arbres.
D’ailleurs, je ne suis pas certain d’en avoir parlé mais ici les forêts sont composées en grande partie d’arbre à feuilles non caduques. Il y a les cèdres, bien sûr, mais aussi toute une variété d’arbres qui ne perdent pas leurs feuilles, comme les camélias sauvages par exemple (je n’y connais pas grand-chose pour identifier chaque espèce). La neige ayant du mal à se fixer sur les feuilles, les montagnes environnantes ne se couvrent pas d’un blanc uniforme.
Mercredi 5 février
Yoko vient me sortir du lit. Il a neigé ! Encore ? Un truc comme ça, ça n’arrive pas souvent sous notre latitude, deux jours de neige à la suite !
Cette fois, c’est du sérieux. Il y a quelques centimètres de neige. À moins que les températures grimpent drastiquement, les plus gros amoncellements sous les pentes des toits devraient perdurer.

C’est superbe ! Je n’ose sortir dehors pour ne pas abimer le tapis blanc. Depuis la fenêtre de mon bureau, je constate que les fleurs du camélia supportent la neige sans broncher.

Je finis par faire quelques pas à l’extérieur pour voir le paysage avoisinant. Un vrai temps d’hiver. Seuls quelques chats ont laissé des traces dans la neige à cette heure matinale.

Un peu plus tard, il se remet à neiger. Je n’en profite pas beaucoup, il faut quand même que j’essaye de me concentrer sur le boulot (il y a à faire).

Vendredi 7 février
La neige a complètement fondu. Nous avons rendez-vous à Ibusuki avec des amis qui arrivent de Nagasaki. Nous allons déjeuner dans un restaurant installé dans une ancienne maison dont je vous reparlerai plus tard.

En sortant du restaurant, nous admirons les pruniers en fleur. Le printemps est donc là ? Quel contraste avec les jours qui ont précédé !

Samedi 8 février
Yoko vient me sortir du lit. Qu’est ce que c’est ? La neige ? Impossible ! Un truc comme ça, ça n’arrive jamais sous notre latitude, l’hiver après le printemps !
Et pourtant c’est reparti ! Quelqu’un a remis une pièce dans le jukebox à neige, je vous jure que c’est pas moi ! Il neige. Il neige. Il neige !

Cette fois-ci, pas question de rester à regarder par la fenêtre. Je prends mon grand manteau, je mets mes gros sabots, à moi Hokkaido !
Je pars à pied explorer les paysages transformés de Goryo. Et, sans doute fallait-il la neige pour que cela arrive, je m’aventure sur des routes que je n’avais jamais explorées jusqu’alors, bien qu’à proximité de la maison. Je découvre de petits hameaux et la présence de bois plus importants que ce que je pensais. Il était temps, plus d’un an et demi après notre arrivée ici ! Évidemment, découvrir ce nouveau paysage sous la neige enchante tout.



Je me demande quel sera l’impact de tout ce froid sur la production de thé. Peut-être que ce froid est encore suffisamment tôt dans la saison pour ne pas impacter les jeunes pousses…

Après une promenade d’une heure sous une pluie de flocons, je rentre à la maison.
Installé sous le kotatsu dans mon bureau, je regarde la neige qui disparaît peu à peu du camélia.

Vous connaissez peut-être le terme shôji qui désigne les parois coulissantes en papier sur armature de bois. Certains shôji sont dotés de vitres dans la partie basse qui permettent de voir dehors lorsqu’on est assis sur les tatamis. C’est le type de shôji dont nous disposons à la maison. Yoko m’apprend qu’on appelle cela les yukimi shôji, soit les shôji qui permettent de voir (mi) la neige (yuki).
Veuillez m’excuser de vous donner des frissons avec ces nouvelles « fraîches » alors qu’on attend avec impatience la remontée des températures. C’est promis, je vous parle du printemps bientôt !

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