Alors, où en étais-je… Ah oui ! Donc mon frère et mon beau-frère, Seb et Didier pour les intimes, sont arrivés chez nous le mardi 6 août par le train. Le voyage dans les vieilles rames qui desservent notre ligne les a ravis. Ils ont beaucoup apprécié le système de suspension du train, sans doute évocateur d’un lointain voyage en deux-chevaux, et les ventilateurs old school accrochés au plafond qui balayent comme ils peuvent le wagon.


Arrivés à la gare suréquipée (en végétation) de Goryo en fin d’après midi, ils avaient choisi l’option « 10 minutes de marche » pour rejoindre la maison au lieu d’opter pour un transport motorisé et climatisé au frais de la princesse. Ils sont fous ces deux-là ! Si se déplacer à pied permet de prendre le temps pour découvrir un lieu, ce n’est pas toujours adapté quand on a 20 kg de bagages à traîner par personne, qu’il fait plus de 30 degrés, et que le terrain monte cruellement… surtout la dernière pente. M’enfin, ça vaut le coup de grimper si on veut avoir du paysage et accessoirement atteindre son lieu de couchage.

À peine arrivés, déjà repartis.
Le lendemain matin, tout le monde sur le pont à 6 heures. Il nous faut rejoindre Ibusuki d’où notre bateau partira à 8h30. Il fait beau, il n’y a pas de vent, la traversée ne devrait pas poser de problème aux estomacs, même les plus délicats.
Notre embarcation est en fait un hydrofoil, c’est à dire qu’après avoir atteint une certaine vitesse, la coque sort de l’eau permettant ainsi d’aller encore plus vite. Il nous faudra 1h15 pour parcourir les 60 km qui nous séparent de notre destination.
Le bateau se nomme Toppi qui est un jeu de mot avec tobiuo qui signifie poisson volant en japonais. Et vous savez quoi ? Le poisson volant est une spécialité culinaire là où on va.
Notre destination, la voilà :

Il s’agit de l’île de Yakushima.
- 505 km2
- 132 km de côte
- entre 11 000 et 12 000 habitants (ils étaient 24 000 en 1960 !)
- point culminant : le mont Miyanoura, 1 935 m (mais sur cette relativement petite surface, 30 monts dépassent les 1 000 mètres).
Yakushima est une île un peu exceptionnelle. Déjà, comme nous sommes au Japon, nous pourrions penser qu’il s’agit d’une île volcanique. Hé bien non ! Ce n’est pas le cas. Il s’agit en fait d’un énorme morceau de granit et cette caractéristique est importante pour la suite (dont je vous parlerais dans un autre épisode…).
L’île est l’un des 34 parcs nationaux du Japon. Elle a aussi été désignée réserve de biosphère par l’Unesco depuis 1980. Elle est inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1993. En outre, la partie nord-ouest de l’île a été classée site Ramsar en 2005, c’est à dire qu’il s’agit d’une zone humide d’importance internationale. En l’occurrence, c’est une oasis pour une espèce de tortue marine dont un peu plus de 1000 individus viennent pondre sur ses plages.
Yakushima a été rendue célèbre, entre autres, car elle a servi d’inspiration au réalisateur Hayao Miyazaki pour dessiner la forêt primaire dans le film d’animation Mononoke hime. Nous avons appris sur place que les français sont nombreux à visiter l’île, en bon fans qu’ils sont des dessins animés des studios Ghibli.

Arrivés à bon port, nous choisissons de nous rendre jusqu’à notre logement à pied… Notre logement est là bas, de l’autre côté de la rivière, les deux toits oranges… vous les voyez ? Il nous faut plus de 20 minutes pour y arriver et on doit consommer du 10 litres au cent (au Japon on mesure la distance parcourue à pied en litres de sueur pour 100 minutes de marche). On aurait pu prendre le bus ou le taxi, mais comme on est radins de courageux explorateurs, on veut découvrir le lieu, on marche… (fait chaud là, non ?). On ne va pas se plaindre, il fait beau. Un dicton local dit qu’à Yakushima il pleut 35 jours par mois. Quoi ? Plus qu’en Bretagne ?
Une fois les bagages déposés à l’hôtel, le déjeuner expédié, il ne nous reste plus qu’à trouver de quoi s’occuper. Ni une, ni deux, nous sautons dans un bus qui nous emmène en une demie heure dans la montagne, direction Shiratani Unsuikyo.

Une fois rendus sur place, nous avons environ deux heures pour nous promener dans la forêt car il nous faut reprendre le dernier bus à 16h10. Le site s’étend de 600 à 1050 mètres d’altitude. Il fait déjà un peu moins chaud qu’en bas mais ça ne nous empêche pas de suer. En plus de l’altitude, c’est aussi dû en grande partie à la couverture des arbres. À cela s’ajoutent des nuages qui sont venus s’amonceler sur les sommets au fil de la journée.
Au Japon, j’ai souvent eu l’occasion d’observer ce phénomène d’accumulation des nuages sur les sommets couverts de forêt, à commencer par celui du Kaimondake. Je ne suis pas météorologue mais on voit à quel point la forêt respire rejetant de la vapeur d’eau dans le ciel, créant des nuages aux formes parfois étranges (par exemple un beau chapeau comme ci-dessous sur le kaimondake).

Mais revenons à notre promenade en forêt.
L’entrée sur le site de Shiratani Unsuikyo coûte 500 ¥ (environ 3 €). Il n’est pas besoin de barrière pour empêcher les gens d’entrer par des chemins détournés, la nature est suffisamment épaisse et accidentée pour réfréner les réfractaires. L’argent va à l’entretien des sentiers et du site en général. On nous remet aussi un plan.
Plusieurs sentiers sont proposés, tous très bien balisés, et la distance et le temps de chaque tronçon sont bien indiqués pour une balade tranquille. Cela nous permet de nous élancer sans craindre de rater le bus.
Les différents sentiers sont aussi de difficultés variables. Les plus faciles (et les plus courts) sont aménagés avec escaliers et passerelles en bois, parfois un peu de maçonnerie. Les plus longs requièrent un meilleur équipement et une condition physique suffisante pour aborder des passages irréguliers. Le sentier le plus long fait 5,6 km pour une durée de 4 heures.
Le temps nous étant compté, nous optons pour le sentier de 2 km du cèdre Yayoisugi sur lequel nous avançons à la vitesse folle de… 1 km heure. Non pas que ce soit difficile mais nous le faisons en flânant, profitant de la nature et du spectacle qu’elle nous offre.


Le terrain n’étant pas vraiment plat, nous traversons quelques ponts suspendus qui, nous éloignant du sol, nous offrent un point de vue plus aérien sur la forêt tout en nous permettant d’admirer les cours d’eau qui la traverse.




Une des particularités de la forêt de Yakushima est qu’elle héberge des cèdres qui, à force de cumuler les siècles, ont atteint le millénaire. Je vous en parlerais plus dans un autre épisode. Nous croisons quelques-uns de ces vieillards nés avant même que Charlemagne pense à se faire sacrer empereur.


Et quand je parle de Charlemagne, je parle d’un jeune arbre, un gamin. Celui de la seconde photo ci-dessus mesure 26,1 m de haut, a un tour de taille de 8,1m et on estime qu’il a… environ 3 000 ans ! Il est appelé Yayoisugi, en référence à la période Yayoi de l’histoire du Japon (de vers -800 avant JC jusque vers 250 après).
Pas de panique, je vais vous expliquer pourquoi, mais dans un autre article parce que celui-là commence à être long et vous n’avez pas que ça à faire non plus.
Je vous donne un indice quand même avec la photo ci-dessous :

Et pour finir notre balade, nous avons croisé un autre promeneur qui avait l’air de bien mieux connaître les lieux que nous. Tout à fait à l’aise hors des sentiers battus, c’est à peine s’il nous a prêté attention. De là à dire qu’on s’est fait snober par cet autochtone… je crois bien qu’on n’était pas assez distingués pour lui. Peut-être parce que nous sommes entrés chez lui en baskets. C’est vrai que Yoko aurait pu faire l’effort de porter une robe de soirée. En tout cas, il ne nous a offert ni champagne ni caviar.

À suivre bien entendu…

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