Périple en la demeure

Dimanche dernier, nous avons entamé notre retour vers le Japon. À chaque fois que je pense à ce voyage, je ne sais jamais trop si je dois dire que je rentre chez moi vu que j’ai le sentiment de partir de chez moi. Il y a là une question existentielle normalement réservée à ceux qui ont le luxe d’avoir plusieurs domiciles… ou à ceux qui ont quitté leur pays d’une façon ou d’une autre. On habite là mais on est d’ici. On habite ici mais on est de là. Pas tout à fait d’ici mais pas de là non plus. Et vice et versa comme dit la chanson.

Nous avons rapidement laissé passer les angoisses des sabotages ferroviaires. Il s’agissait juste d’enquiquiner les JO, donc je ne leur en veux pas. Ils peuvent bien saboter tous les trains, du moment que le mien roule (et arrive à l’heure…).

Afin d’éviter la grève olympique, nous avons fait le choix de ne pas passer par Paris. Il parait que ce mouvement bloque des quartiers entiers de la capitale et que les forces de l’ordre sont obligées d’intervenir pour contenir les plus ultra dans un « village olympique » (une nouvelle forme de ZAD ?). Apparemment, ça a dégénéré vendredi soir où un défilé pourtant pacifique au départ a fini en feu d’artifice… et personne ne sait bien si c’est l’ultra gauche, l’ultra droite ou l’ultra centre qui est à l’origine des débordements. Les revendications ne sont pas claires. Ce qui est certain, c’est qu’il est question d’ultra pognon.

Dimanche, nous avons donc pris notre train tranquilou, fait le tour de la capitale sur les rails et descendu nos valises directement à Roissy Charles de Gaulle. Comme l’avion partait de bonne heure lundi, nous avons fait une nuit dans un hôtel Ibis à proximité où les prix avaient seulement été multiplié par 2,5. Il faut dire qu’ils avaient mis le paquet pour notre protection vu qu’une douzaine de camions de la gendarmerie étaient stationnés sur le parking. On n’en demandait pas tant (et notre portefeuille non plus).

Lundi matin, nous étions donc à l’aéroport dès potron minet. Nous avons laissé nos deux valises de plus de 20 kilos chacune et sauté dans notre avion direction… Munich ! Oui ce coup-ci on vole avec une escale en Europe. Le hic, c’est qu’entre le moment où on a réservé et le moment où on prend l’avion, l’horaire d’un des deux vols a été modifié. À Munich, nous avons 40 minutes pour changer d’avion. J’imagine qu’ils ont organisé ça pour donner un peu de piment à un voyage qui, sinon, serait sans doute un peu morne.

En descendant de l’avion sur le tarmac à Munich (ben oui, en plus on n’était même pas directement dans l’aérogare), nous nous sommes fait cueillir par des agents qui nous ont entraînés dans des minibus. Et là, comme dans tout bon film mélodramatique qui se respecte, Yoko et moi avons été séparés (jouer ici une musique orchestrale déchirante, avec beaucoup de violons). La suite commence comme une blague : trois japonais, un français et un allemand sont dans un minibus… Je devine tout de suite à la façon de conduire de notre chauffeur allemand qu’il est un cousin éloigné de Schumacher.

Je crois que nous avons bien dû parcourir 5 km le pied sur l’accélérateur pour atteindre un endroit qui se situait à 800 m de notre point de départ. Bon, en même temps ça nous a évité de croiser des Boeing et des Airbus qui ont la fâcheuse tendance de ne pas respecter les priorités à droite. On s’est arrêté quelque part (je ne sais pas comment donner une meilleure définition du lieu) et notre chauffard eur nous a entraînés au pas de course à travers un bâtiment désert, jusqu’à un bureau de douane isolé au bout d’un couloir pour lequel on se demande bien qui peut passer par là. J’ai failli poser la question au douanier depuis combien de jours il n’avait vu personne, mais comme je ne parle pas allemand je n’ai pas pu. Visiblement, on lui donne de quoi boire et manger. Ce que je n’ai pas compris en passant la douane, c’est si on était entré ou sorti d’Allemagne, vu qu’on n’est pas passé par un autre bureau, qu’on avait déjà passé la douane en France, et qu’on allait passer la douane au Japon. Du coup je ne sais pas si les allemands pensaient que j’étais déjà chez eux avant, ou que je suis toujours chez eux. On va dire qu’on est entré par la sortie… et vice et versa.

En sortant du bureau de douane, on s’est encore retrouvé sur le tarmac. Retour dans le minibus ! Après quelques nouveaux virages au frein à main, nous voici déposés, sains et saufs, au pied de la passerelle qui va nous conduire à l’avion. À peine rentré, je suis intercepté par la douane volante. Je leur explique qu’ils ne faut pas qu’ils s’inquiètent, que c’est juste que ça fait longtemps que je n’ai pas été chez le coiffeur mais que sinon je suis quelqu’un d’honnête et respectable. Ils me laissent passer. Il faudrait que j’écoute ma femme quand elle me dit qu’il faut que je me coupe les cheveux, surtout quand ça dure depuis plus d’un mois.

Et me voilà enfin dans l’avion, assis à ma place où Yoko ne va pas tarder à me retrouver. Ouf !

Nous sommes en « economy premium ». Yoko qui, décidément, est formidable, a réussi à trouver ces places à des prix moins chers que la classe « economy » qui, pourtant, n’est pas complète. Les politiques tarifaires à l’ère du yield, c’est comme la franc-maçonnerie, il faut avoir été initié pour comprendre. Toujours est-il que nous allons pouvoir bénéficier d’un peu plus de confort que les gueux de la classe « economy » tout en restant rongés de jalousie vis à vis des nantis de la classe « business ». Et pour être tout à fait honnête, je suis un peu envieux aussi de ceux de la classe « economy » car, contrairement à eux, nos sièges sont au niveau des ailes. Donc au niveau paysage bin…

Ça c’est la mer Noire
Ça c’est la mer Caspienne
Et là en zoomant un peu on aperçoit la mer Michèle.

Bon. Au fond ce n’est pas très grave parce que de toute façon, vu qu’on volait vers l’est, on a fini par croiser la nuit (qui vous passe le bonjour) donc en fait ça ne nous laissait aucune chance d’apercevoir le plateau de Nazca et le Kilimandjaro.

Et nous sommes bien arrivés, sans plus d’aventures, à Tokyo Haneda ou nous avons été chaleureusement accueillis par une hôtesse qui nous a annoncé que nos bagages étaient tombés dans une faille spatio-temporelle à Munich. Visiblement, le portail magique qui devait permettre la téléportation de nos valises d’un avion à l’autre était en rade au moment de notre passage… Heureusement que mon ordi ne voyage pas en soute !

C’est donc allégés d’un poids (environ 45 kg pour deux valises) que nous avons poursuivi notre voyage. Encore 1h30 d’avion pour atteindre Kagoshima, puis encore 1h30 de bus, puis encore un bout de taxi pour enfin atteindre nos pénates.

Là, pour de vrai, c’est le Sakurajima.
Et notre cher et sage Kaimondake.

Epilogue :

Donc heureusement que j’avais mis mon ordi en bagage à main… En arrivant à la maison, je suis soudainement témoin de la connexion de deux neurones à l’intérieur de mon cerveau : mon clavier est dans ma valise… « Et pour sortir des moments difficiles, avoir des amis c’est très utile » dit une autre chanson. En panique, je me précipite chez nos amis Shunsuke et Mai qui peuvent me prêter un clavier pour me dépanner en attendant que nos bagages arrivent (normalement ce jeudi). Tout est sous contrôle. Sauf que…

C’est un clavier japonais donc c’est un peu sport. Déjà, les touches ne sont pas au même endroit. C’est un qwerty et pas un azerty. Mais en plus la physionomie même du clavier est légèrement différente. Il y a des touches en plus, d’autres d’une dimension différente et certaines sont décalées. Heureusement que je connais mon clavier par cœur car mon ordi, lui, agit comme si c’était mon bon vieux clavier azerty. Mais comme les touches « option » et « commande » sont déplacées et qu’il n’y a pas de touche « verrouillage majuscule », ça reste un peu compliqué (deux jours à tenir…).


C’est « tout » pour aujourd’hui. Cet article lance officiellement la saison deux de Minamimitai, un an à passer ensemble au Japon.

Lorsque nous étions en France, on m’a posé plusieurs fois la question si on pouvait transmettre le lien de ce blog. Il n’y a aucun problème pour moi. J’évite d’écrire ici que mon code de carte bleue est 5678 et à aucun moment je n’ai indiqué que le code pour accéder au box où nous avons mis nos affaires les plus précieuses est Z328. Donc vous pouvez bien faire profiter autant de personnes que vous voulez des blablas de votre serviteur, même si vous avez des amis un peu louches.

10 réponses à « Périple en la demeure »

  1. Ah oui, en effet, ça commence sur les chapeaux de roues… enfin le Kaimondake est toujours là, c’est l’essentiel !

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    1. Si le Kaimondake se déplace, j’aime autant ne pas être dans le coin…

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  2. Il s’en passe des choses !

    C’est parti pour la saison 2 ! 😀

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  3. Avatar de amandine horibe
    amandine horibe

    Bon retour chez vous !

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  4. Avatar de Jerome Marchand
    Jerome Marchand

    une nouvelle aventure ! content de t avoir vu ! A bientôt !

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    1. Content d’avoir chu 😁

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  5. Haha excellent ! Yuki va chercher les pop-corns, ça va commencer 🙂

    Envoyé de mon iPad

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