Nous arrivons à Yamaguchi sous la pluie peu après midi. Yoko a réservé (oui, c’est elle qui fait tout…) dans un ryokan pas très loin de la gare, dans une petite rue bordée de vieilles maisons, d’un temple et d’un cimetière.

Nous sommes un peu surpris du rapport qualité/prix. La chambre est vaste et en parfait état. Tout est neuf, WC et salle de bain compris.


Le petit espace avec chaises et table que vous apercevez sur la photo ci-dessus donne sur le jardin ci-dessous. Si le temps était plus sec, nous pourrions aller y faire un tour.

Nous n’avons pas beaucoup de temps pour profiter de notre logement. En effet, nous avons rendez-vous avec Yoko « de Pornic ». Alors non, elle n’est pas duchesse de Pornic, c’est juste le petit nom dont elle a hérité du temps ou elle a vécu en France, il y a… il y a… 10 ? 15 ans ? Il fallait bien distinguer les deux Yoko : Yoko « de Pornic » et Yoko « de calligraphie » (ne me demandez pas de situer Calligraphie sur une carte).
Après son retour au Japon, Yoko s’est installée à Yamaguchi où elle a ouvert le Haraguchi café, un tout petit café qui peut accueillir 7 ou 8 personnes en se serrant. Elle torréfie elle-même le café et est adepte du « slow coffee ». Entendez par là que la préparation est tout un art. Par exemple, l’eau est versée doucement à la main ce qui permettrait d’obtenir beaucoup plus d’arôme qu’avec une machine. Je dis « permettrai » parce que moi, le café, ça risquerait de m’énerver alors j’évite d’en prendre.
En tout cas, Yoko et son mari font les choses tellement sérieusement qu’ils ont eu droit à un article dans le New-York Times. Le problème est que, suite à cet article, ce sont les médias japonais qui se sont intéressés à elle. Il aurait presque fallu qu’elle embauche quelqu’un pour répondre au téléphone…
Nous avons donc pris un café (pour Yoko) et un rafraîchissement pour moi (pas de café, non merci) au Haraguchi café. Ensuite, Yoko a abandonné son mari pour aller dîner (il est à peine 17h30). Je parle de Yoko de Pornic, hein ! Yoko de calligraphie n’a pas le droit d’abandonner son mari, non non non ! Ça ne serait pas correct de le laisser sur le bord de la route, comme ça, au milieu du Japon.
Et nous voici dans le restaurant voisin à goûter une cuisine variée. Est-ce de la cuisine japonaise ? De la cuisine française ? De la cuisine du monde ? Au fond, c’est de la cuisine de nulle part si ce n’est de ce restaurant. Yoko et Yoko passent un bon moment à tatasser. De mon côté je mange, je bois, j’essaye d’écouter si je comprends quelque chose et puis finalement je mange et je bois, c’est plus facile. Surtout qu’il y a d’excellentes décoctions maison.

Finalement, vers 21 heure, nous réussissons à nous extraire du restaurant. Mais Yoko de Pornic nous entraîne dans un lieu de perdition : un bar à cocktails. Comme nous avons très peu l’occasion de fréquenter le monde la nuit au Japon (en France non plus, d’ailleurs), c’est une bonne expérience. Nous passons ainsi une agréable soirée à déguster différents breuvages savamment dosés. Derrière le comptoir officie le patron, un barman d’une trentaine d’années très sympathique et très pro. Il s’occupe bien de tous ses clients, échangeant quelques mots avec chacun d’eux. En plus il a du Grand Marnier et du Cointreau donc c’est forcément un chic type.

On me fait la remarque qu’au Japon l’art du cocktail est plus développé qu’en France. Ce à quoi je répond qu’on prend facilement un cocktail à l’apéro en France car un kir est, de fait, un cocktail. Ce à quoi on me rétorque que pour faire un kir, on ne fait pas « shaka shaka » donc ça ne compte pas. Alors voilà la grande affaire : sous prétexte qu’un kir ne passe pas par la case shaker, le voilà dégradé au titre de sous-cocktail… Ah vraiment ! J’ai écrit à Emmanuel Macron pour qu’il fasse passer une loi pour obliger l’utilisation du shaker pour faire des kir (même royal). Quitte à utiliser le 49.3 pour que ça passe. Comme ça j’arrêterais de passer pour un ringard au Japon.

Nous guidon le bar verre binuit. Heureuzment, not chambe est ba drès loin même zi on marge un beu en crabe. Et pi bon, de doute façon, gomme on est à bié, on beut pas se faire drop mal en dombant.
Le lendemain matin, nous regagnons Kagoshima sans en voir plus de Yamaguchi. Je précise : aucun mal de tête au réveil. Quand je dis que le gars est pro !
Tout ce petit périple Kagoshima-Izumo-Yamaguchi-Kagoshima a été réalisé en train. Entre Kagoshima et Yamaguchi (nous avons transité à Yamaguchi à l’aller aussi avant de rejoindre Izumo), nous avons utilisé le Shinkansen. C’est pratique, c’est rapide, c’est moderne, mais les fenêtres sont petites, il y a beaucoup de tunnels sur la ligne et… ça va vite. On ne peut pas vraiment profiter du voyage.


En revanche, lorsque nous avons fait Yamaguchi-Izumo et retour, nous avons utilisé une ligne secondaire qui traverse le Japon dans sa petite largeur, entre la mer de Seto qui borde Shikoku, Honshu et Kyushu et la mer du Japon à l’ouest.


Si je dois garder un souvenir de ce voyage, ce ne sont pas tant les lieux visités que ces moments passés dans ce train de petite ligne. Depuis Yamaguchi, les rails filent doucement à travers le relief nous faisant découvrir de petites vallées où tout semble apaisé. Les rizières sont en eau dans laquelle se reflètent les montagnes aux multiples nuances de vert en ce printemps. Le riz n’est pas encore piqué ici. Nous apercevons parfois un tori, un temple. Le train rase les maisons avant de s’arrêter régulièrement dans de petites gares, parfois un simple abris.




La ligne gagne ensuite la côte que nous suivons pendant une heure jusqu’à Izumo. Le ciel est gris mais pas menaçant, peut-être apaisant.


Nous profitons de ce temps lent où nous ne pouvons faire grand chose si ce n’est contempler par la fenêtre, somnoler, songer.

Nous avons aussi voyagé à bord de ce train rouge. Il est très confortable et roule presque sans secousses. C’est une vieille machine mais, soigneusement entretenue, elle semble pouvoir aller loin encore. Il y a beaucoup de ces vieilles rames au Japon qui irriguent les réseaux locaux, entre TER et intercité en quelque sorte. Que sont devenues toutes ces vieux trains qui roulaient sur les rails français ? Il est bien possible que notre beau réseau autoroutier en ai eu raison.

Ainsi finit ce voyage dans le voyage. Un long week-end qui nous a fait du bien par son rythme. Pour l’instant, il n’y a pas d’autre séjour de prévu loin de nos pénates si ce n’est notre passage en France cet été.
La saison des pluies approche me dit-on. Je ne sais pas ce que c’est. Visiblement, c’est un poil plus fort qu’un crachin breton. Je vous dirais ça.

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