Izumo

Le week-end dernier, nous sommes allés à Izumo. Il s’agit d’une petite ville de la province de Shimane, sur la côte de la mer du Japon, dans le sud-ouest de Honshu. Le but de ce séjour est de voir Izumo Taisha, un des temples les plus célèbres du pays.

Au Japon, le mois d’octobre est le mois sans dieux (Kannazuki). En effet, à ce moment-là, tous les dieux se retrouvent à… Izumo. Là bas, on fête alors Kamiarizuki, le mois avec les dieux. Et c’est plus précisément à Izumo Taisha que les divinités posent leurs valises, le temps de parler affaires et de festoyer.

Le temple est aussi célèbre car il abrite Okuninushi, le Grand maître du Pays. Apparemment, ce dieu a une ascendance pas très claire mais en tout cas, son rôle était rassembler le pays. Une fois sa tâche finie, il a reçu la visite de dieux supérieurs qui lui ont dit (en gros hein, moi j’étais pas là au moment où ils sont arrivés) ils lui ont dit : « super, maintenant tu dégages parce que c’est Ninigi no Mikoto qui va reprendre les rênes du pays ». Ninigi no mikoto est le petit fils d’Amaterasu, la big boss du panthéon shinto. Donc on voit déjà que, pour l’époque, ils étaient très en avance sur les méthodes de management moderne. Si vous vous souvenez, Ninigi no Mikoto est descendu sur terre à Kirishima (je dis ça pour ceux qui n’ont pas révisé leurs leçons, attention à la prochaine interro surprise).

L’existence d’un temple à Izumo est attestée dans des écrits depuis le VIIIe siècle (dans le Kojiki). Il en existe une représentation qui date de l’époque Kamakura (1185-1333). Il semble qu’il était très spectaculaire car le temple était alors monté sur 9 piliers dont chacun était constitué de 3 troncs. Les plus gros de ces assemblages avaient un diamètre de plus de 3 mètres. Les bases de trois de ces piliers ont été retrouvées lors de fouilles archéologiques. Cela donne une idée de la taille du bâtiment qui aurait été haut de 48 mètres, le sanctuaire le plus haut du Japon. Ci-dessous, voici des tentatives de reconstitution de ce temple exposées au musée d’archéologie local. On perçoit tout de suite le caractère original du monument par rapport à l’architecture habituelle des temples japonais. Et voyez la taille des petits bonhommes sur les escaliers !

Hélas, ce temple sur pilotis n’existe plus. Le temple que nous voyons aujourd’hui a été conçu au XVIIIe siècle et, comme de nombreux temples japonais, il est régulièrement reconstruit à l’identique pour le préserver. Cela donne lieu à des cérémonies de déménagement du ou des dieux tutélaires qui sont accueillis dans un temple voisin le temps des travaux.

Et alors, ce temple, il ressemble à quoi aujourd’hui ?

Il ressemble à ça :

Assez curieusement, faire le tour des bâtiments nous a laissé de marbre tous les deux. Sans que l’on sache vraiment pourquoi, cette architecture ne nous a pas emballé du tout. Peut-être est-ce par manque de connexion du bâti avec la nature ? Un lieu trop grand, trop artificialisé ? Nous n’avons pas ressenti la vie et le mystère qui peut se dégager des tels endroits, comme nous l’avions ressenti à Nikko, à Kirishima ou même dans de tout petits temples de campagne, comme Oyamazumi jinja près de chez mes beaux-parents et dont je vous ai déjà parlé. Un peu perplexes face à cette absence de sensation, nous sommes partis faire un tour dans le quartier pour revenir tenter notre chance… en vain.

Même la corde de 5,2 tonnes suspendue sous le portique d’un des bâtiments ne nous a pas impressionnés. Peut être avons-nous passé l’âge d’être séduits par les choses très (trop) démonstratives.

En revanche, c’est bien notre promenade à proximité qui nous a ravis. Le quartier autour du temple est préservé (j’imagine qu’il y a des lois d’urbanisme) et on peut y voir, justement, de petits temples qui ont cette magie qui fait défaut au gros. Les éléments naturels comme une cascade, un étant (un étant ? Nan mais il est où le relecteur ?), un gros arbre tortueux ou des cyprès tout droits apportent une vie au lieu. Même si l’aménagement est artificiel, on sent une présence millénaire.

Et puisqu’on parle de promenade dans le quartier, nous avions déjà fait un tour par ici la veille pour aller voir le coucher du soleil sur la mer depuis la plage Inasa no Hama, l’endroit où les messagers des dieux arrivent en octobre. L’occasion aussi de saisir la lumière qui décline dans la ville. L’ensemble du quartier autour du temple et jusqu’à la mer est constitué de maisons traditionnelles à de rares exceptions près. Les rues sont étroites et c’est très calme.

Un sympathique monsieur a tenu à prendre une photo romantique de nous.

Cet article constitue l’épisode 1 de notre week-end en vadrouille dans le sud de Honshu. Dans le second épisode, je vous parlerais de notre passage à Yamaguchi.


Et sinon ?

Sinon les crabes sont de retour ! Voilà le portrait du premier que j’ai vu dans le jardin. Je vous l’accorde, il n’a pas vraiment une tête de conquérant, prêt à s’élancer dans le vaste monde. Mais je me méfie, ils cachent bien leur jeu ces crabes.

4 réponses à « Izumo »

  1. Oooh le mignon petit crabibi ! Tu vas peut-être t’en faire un copain ?

    Blague à part, avec tes photos je comprends le ressenti sur le temple d’Izumo. Sans vouloir la moindre offense aux divinités locales, comparé aux autres temples que l’on a pu voir, il fait vraiment un peu terne. Tristounet, presque…

    Hâte de voir la suite du voyage !

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    1. Elle arrive la suite, elle arrive !

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  2. Avatar de Jerome Marchand
    Jerome Marchand

    L’ambiance est peut être austère, mais je me souviens d’une architecture et d’un travail du bois superbe. On le voit sur certaines photos. Je ne me souviens pas du temple original, vu l’échelle cela devait être extraordinaire.

    a bientôt.

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    1. Je suis bien d’accord, on voit bien qu’il y a un beau travail, mais la sensation n’était pas là. Si ça n’était que moi, des fois on n’est pas ouvert, on n’arrive pas à sentir. Mais comme nous avons tous les deux eu le même sentiment… Ça nous a laissé perplexes.

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