On se met à table (ep.6)

Yellow summary : à Tokyo il a fait beau. À Nikko il a pas fait beau (mais c’était incroyablement beau). Quelle sera la météo à Mito ?

Par la fenêtre de l’hôtel à Utsunomiya, nous disons au revoir aux montagnes enneigées qui surplombent Nikko. Maintenant, il fait beau mais pas très très chaud. Nous prenons le train pour Mito. Nous allons retrouver là bas un cousin de Yoko, Kachan, qui est le fils de Misaobachan qui aime tant Adamo.

Mito est la capitale de la préfecture d’Ibaraki. Elle se situe à une centaine de kilomètres au nord de Tokyo. Nous sommes un peu en avance pour aller retrouver Kachan pour le déjeuner. Nous partons tranquillement à pied dans la ville, faisons un détour par un temple : le Tosho-gu. Ça vous dit quelque chose ? Oui. À nous aussi. C’est quoi l’arnaque ? En fait, tous les temples qui renferment l’esprit de Tokugawa Ieyasu s’appellent Tosho-gu. Il y en a une trentaine au Japon. C’est tout l’avantage de découper en morceaux l’esprit des morts, on fait autant de tranches qu’on veut, il en reste toujours pour ceux qui en souhaitent. Mais bon, cette multiplication reste quand même moins spectaculaire que le découpage en milliers de copeaux de la « vraie croix ».

Le Tosho-gu de Mito est tout de même beaucoup plus modeste que celui de Nikko. Beaucoup beaucoup plus modeste. Il a été fondé en 1621 par Tokugawa Yorifusa, onzième fils de Ieyasu (il a eu onze fils et cinq filles en tout, mais il a une excuse : il a eu dix-neuf femmes et concubines…). À la suite de l’aïeul, tous les shogun Tokugawa se sont vus réserver une place dans cet hôtel pour les esprits somme toute assez familial.

Nous délaissons les nourritures spirituelles pour nous tourner vers des nourritures plus terrestres. Nous voici arrivés devant le restaurant de Kachan. Kachan, ça fait des années qu’on ne l’a pas vu.
Il a racheté ce restaurant il y a deux ans après y avoir travaillé pendant trois ans. Il s’agit d’une ancienne izakaya. Le patron avait choisi cette esthétique très urbaine en façade et un intérieur aux espaces restreints pour une ambiance plus chaleureuse. Cet agencement ne convient pas à Kachan qui souhaite déménager d’ici un ou deux ans pour un restaurant plus aéré. En attendant, il cuisine.

Personnellement, je garde surtout de Kachan le souvenir de la visite qu’il nous a faite en France alors qu’il était en apprentissage à Lyon. C’était il y a presque vingt ans. Nous venions de nous installer à Rezé. Il était venu avec sa copine Reiko qui depuis est devenue sommelière (et sa femme aussi). Donc pour moi, Kachan c’était Kachan, le jeune japonais qui voulait faire de la cuisine française.

Bon. En vingt ans, il ne s’est pas tourné les pouces. Nous qui pensions déjeuner avec lui et sa femme, nous avons été reçus comme au restaurant. Installés au comptoir, nous avons dégusté plat après plat d’une cuisine française mâtinée de produits choisis, dont beaucoup de produits de Kagoshima où il a ses racines et où son frère est producteur. Kachan aux fourneaux, Reiko au service. Impeccable.

Ce jour-là, le resto était ouvert rien que pour nous. Je vous montre un peu la misère qu’on a eue (par contre vous ne me demandez pas ce que c’est !) :

On a eu huit plats en tout. Tous aussi bons qu’ils sont beaux. Kachan nous a épatés. Il a acquis un très grand savoir-faire et les plats sont aussi beaux qu’ils sont bons. Les quantités et le rythme du service nous permettent de déguster sans saturer. C’est la restauration telle que je l’aime. Comme nous sommes invités, nous n’avons aucune idée du prix de ce que nous avons avalé. Nous avons reçu un beau cadeau.

Après manger, Kachan nous propose une visite culturelle. Dans ses projets futurs, il aimerait renforcer les liens de sa cuisine avec son terroir, et qui dit terroir dit culture et histoire. Pour lui, cela forme un tout.

Vous allez dire que j’abuse et que je suis pire que Netflix, mais la suite, c’est au prochain épisode !

3 réponses à « On se met à table (ep.6) »

  1. Avatar de Jerome Marchand
    Jerome Marchand

    Quel raffinement ! Spectacle d’un chef étoilé du régal pour les yeux et sans doute pour les papilles.

    bon retour.

    J’aime

  2. […] cousin qui est chef à Mito (dont je vous ai parlé ici) nous a fait parvenir de mystérieuses boîtes. Que contiennent-elles […]

    J’aime

  3. Il travaille très très bien.

    J’aime

Répondre à gildasch3 Annuler la réponse.