Tombe la neige (ep.5)

Cet article est dédicacé à la tante de Yoko, Misaobachan, qui est une fan d’Adamo en version japonaise (Adamo a sorti un album au Japon en 1975 et plusieurs lives ont été enregistrés au Pays du Soleil Levant).

Résumé des épisodes précédents : malgré une météo maussade, Yoko et Gildas ont quitté leur lit douillet dans un hôtel du quartier d’Akasaka pour prendre le train. Ce train roule tellement longtemps que ça prend tout un article alors que le lecteur aimerait bien savoir où tout ça le mène, parce que ho ! hé ! hein ! bon ! Ça tombe bien car nous arrivons en gare de…

Nikko, ici Nikko !

Nikko est une petite ville de province située au nord de Tokyo. Elle est bordée d’une chaîne volcanique dont le point culminant est à 2 578 m d’altitude et de forêts qui recouvrent plus de 80% de la commune. Mais comme nous ne passerons que quelques heures ici, ce n’est pas pour escalader les montagnes ou nous perdre dans la forêt que nous sommes venus.

À partir de 766, le moine Shodo Shonin fonde plusieurs temples au pied du mont Nantai. La présence des moines entraîne le développement de la région.
Mais c’est surtout à partir de l’ère Edo (1603-1867) qu’une véritable dynamique va s’opérer. En effet, Tokugawa Ieyasu, qui a mis un terme à la longue période de guerres intestines au Japon (époque Sengoku, mi-XVe à fin XVIe siècle) et réunifié le pays, choisit cet endroit pour qu’il lui soit dressé un mausolée. Il meurt en 1616 et l’année suivante le mausolée, le Tosho-gu, est construit et Tokugawa Ieyasu est consacré divinité tutélaire du Japon (en toute simplicité). Ses descendants font de l’endroit un lieu de pèlerinage. Un route est construite qui relie la capitale Edo (future Tokyo) à Nikko. La ville se développe autour des temples et des voies de communication.
Dans les années 1860, la révolution Meiji bat son plein. Le shogunat fondé par Tokugawa Ieyasu est renversé et l’empereur reprend le pouvoir. Les lieux saints de Nikko sont alors menacés d’être détruits en tant que symboles de l’ancien pouvoir. Heureusement, il n’en sera rien. Il faut dire que le site est déjà renommé pour la beauté de ses bâtiments au point que la toute jeune Nippon Railway ouvre une ligne entre Nikko et la grande ville voisine de Utsunomiya en 1890 pour faciliter la venue des visiteurs.
Pendant la seconde guerre mondiale, l’endroit, n’accueillant pas d’activités militaires ou industrielles, est épargné par les bombardements. La famille de l’empereur y trouvera même refuge.
En 1999, l’ensemble des sanctuaires et temples de Nikko sont inscrits au patrimoine mondial de l’humanité.
Le 1er avril 2001, la municipalité de Nikko inaugure son site web… Nan mais attends. C’est quoi cette fiche Wikipedia ? On s’en fiche de ça ! Ok, on arrête là pour l’histoire.

Les japonais ont la maxime suivante : « ne dites pas magnifique avant d’avoir vu Nikko ». C’est un équivalent de « voir Naples et mourir ». Et c’est pour ça qu’on est là. Non, non ! Pas pour mourir, mais pour pouvoir dire magnifique !

Malgré un temps froid et incertain, il y a du monde à l’entrée du Tosho-gu. Le site, isolé par d’immenses pins, ne se dévoile qu’au dernier moment. Lorsque nous y arrivons vers midi, la neige commence à tomber. On peut dire au sens propre que c’est un cadeau du ciel. Les flocons baignent les lieux d’une ambiance particulière. Pendant quelques heures, nous allons nous en mettre plein les yeux. Je ne suis pas très sûr qu’il faille écrire des commentaires sous ces photos…

Un des gardiens de l’Omotemon, l’une des portes du sanctuaire.

Ici nous pouvons voir trois temples qui servent à transporter les dieux du Tosho-gu lors des processions : celui du centre pour Tokugawa Ieyasu ; celui de droite pour Toyotomi Hideyoshi qui a précédé Ieyasu dans la réunification du pays ; celui de gauche pour Minamoto-no-Yoritomo qui a fondé le premier shogunat à Kamakura en 1192. Il y a du beau monde ici !

Au-dessus des temples (207 marches au-dessus pour être précis), voici le lieu le plus saint, mais somme toute d’une taille modeste, le mausolée tout en cuivre où repose Tokugawa Ieyasu.

En descendant, nous bénéficions de la vue sur les toits des sanctuaires.

L’ambiance de neige me fait penser à Shurayuki hime ou Lady Snowblood, un film de 1973 (excellente année !) dont s’est inspiré Quentin Tarantino dans Kill Bill vol.1 pour le duel entre Emma Thurman et Lucy Liu. Il utilise d’ailleurs le générique du film japonais, interprété par l’actrice-chanteuse Meiko Kaji, comme bande son.

La frise en haut du mur est composée avec le mon (emblème) du clan Tokugawa. Le symbole est présent un peu partout ici.

En quittant le Tosho-gu, nous passons devant l’entrée du Taiyu-in. Il s’agit du mausolée qui accueille les restes de Tokugawa Iemitsu, petit fils et grand admirateur de Ieyasu qui a voulu reposer auprès de son aïeul. Contrairement au Tosho-gu, ça ne se bouscule pas au portillon. Cela fait plus de deux heures que nous sommes dehors. La neige tourne à la pluie et nous commençons à avoir froid. Nous hésitons. Ira, ira pas ? On se dit finalement que nous ne reviendrons peut-être jamais ici. On y va. Et c’est une très bonne décision. Lors de notre visite, nous ne croisons qu’une dizaine de personnes. L’endroit s’en trouve pacifié. Les pins forment un écrin dans lequel semble s’être enfoncé le sanctuaire. Les arbres, le monument, nous, la nature comme seul fond sonore. Le temps s’arrête. Entre la forêt et les bâtiments qui n’ont rien à envier au Tosho-gu, le sacré transpire.

Je ne pourrais rien vous montrer de cette visite car les photos sont interdites dans toute l’enceinte. Et nous nous disons que c’est peut-être une des raisons pour lesquelles il n’y a personne. Pas vu, pas pris. Le mausolée de Iemitsu passe incognito. Sans image pour qu’on se souvienne de lui, il nous restera une impressionnante sensation de paix et de majesté. C’est pas mal, c’est pas mal…

Nous redescendons à la gare récupérer nos bagages laissés en consigne et retrouver aux objets perdus le téléphone de Yoko oublié dans le train le matin même (c’est juste pour donner un peu de piquant au voyage…). Nous remontons dans un wagon, direction Utsunomiya où nous dormons dans un hôtel près de la gare. Demain, c’est encore sur des rails que nous irons à Mito.

Mito… Je vous en sers un ou deux épisodes ?

3 réponses à « Tombe la neige (ep.5) »

  1. Avatar de Jerome Marchand
    Jerome Marchand

    Wouahhhh ! Quel voyage chargé d’histoire. Le lieu a l air magnifique. Il n’y a bien qu’au Japon…. que l’on retrouve les objets perdus.

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    1. Ah ah ! On a eu de la chance avec notre objet perdu. Il a été retrouvé par la personne de l’entretien qui n’était là que parce que la gare de Nikko est le terminus de la ligne. Sinon le téléphone aurait poursuivi le voyage de son côté et qui sait quelles aventures il aurait vécues !

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  2. […] dans la ville, faisons un détour par un temple : le Tosho-gu. Ça vous dit quelque chose ? Oui. À nous aussi. C’est quoi l’arnaque ? En fait, tous les temples qui renferment l’esprit de […]

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