Miyuki sensei, qui fait des efforts louables pour essayer de m’inculquer quelques bases de japonais, nous a encouragés à aller au marché de Kawanabe. Je vous parle de ça mais c’était le 4 février déjà. Ce marché répond au joli nom de Futsuka-ichi qui veut dire… quelque chose, certainement, vous pouvez en être sûr. C’est un marché qui existe depuis 230 ans environ. Il a lieu une fois par an et les kagoshimasais… les kagoshimasiens… les kagoshimachins (ceux qui vivent dans la préfecture de Kagoshima, quoi !) viennent nombreux dans la ville de Kawanabe à cette occasion. Il y a même des bus affrétés exprès des villes voisines pour faire face aux problèmes de parking. Pour l’occasion, la circulation de la rue principale est fermée et c’est parti pour la grande braderie de Nantes… sauf que là c’est à Kawanabe.
Nous avons commencé par visiter la partie brocante qui sentait bon l’arnaque avec ses silex sans doute taillés par des homo sapiens contemporain de l’invention d’internet. Cela ne manquait pas d’armes, des sabres évidemment, mais aussi des fusils (en version sengoku jidai : XVIe siècle) et quelques casques. Poteries et statuettes n’étaient pas en reste. Curieusement, il n’y avait pas de faux dogu, ces statuettes typiques de l’époque Jomon (-13 000, -800 av JC). Ils devraient y penser. Il y avait aussi quelques rouleaux de calligraphie, des meubles, des outils. Il devait bien y avoir des trucs authentiques, mais le coup des silex a cassé l’ambiance direct. Tout de suite, les antiquités ont perdu leur charme.
Plus loin, c’est la foule, malgré un temps maussade. La rue principale de Kawanabe est effectivement bordée de stands comme les japonais savent faire lors des matsuri. Par contre, il y a très peu de stands d’artisanat et une majorité de stands de nourriture à consommer immédiatement. D’après les infos que nous avons eues par la suite, le marché a changé de physionomie depuis des années. Il y a de moins en moins d’artisans au fur et à mesure que la fabrication s’industrialise et se concentre et que l’import-export marche à fond. On ne produit plus les outils en local comme avant.

Quelques animations sont organisées. Une troupe de théâtre populaire peine à se faire entendre sous les hauts parleurs criards. Un jongleur fait son cirque à lui tout seul, ça épate toujours la jonglerie. Et j’ai l’immense plaisir de voir débarquer Tora-san. Tora-an, je vous en ai déjà parlé. C’est le héros d’une série de films, un grand classique de la télévision japonaise (on en a encore regardé un l’autre jour chez mes beaux-parents). Ce jour-là, il nous vend des bananes ! En fait, il les donne. Je ne comprends rien à ses boniments, mais le public rigole bien.

Notre promenade est interrompue par un coup de fil. Une copine nous propose de faire un tour ensemble. Déjà un peu lassés par une foule qui paraît un peu triste sous ce temps gris, nous acceptons sans hésiter. Nous mangeons sur le pouce et partons emprunter cette déviation spatio-temporelle inattendue.

Nous voici embarqués à une vingtaine de kilomètres au nord. Sayaka-san veut nous montrer un ensemble de vieux camphriers (Senbonkusu). Arrivés sur place, nous constatons qu’effectivement, le site vaut le détour. Les troncs sont énormes, mais il n’y a pas que ça. Difficile de dire pourquoi ces arbres ont pris ces formes tortueuses. Les branches suivent des trajectoires improbables, touchant parfois le sol pour repartir tel un second arbre. Certains les comparent à des dragons. Plusieurs d’entre eux semblent avoir été frappés par la foudre et exhibent des troncs éventrés. Le lieu semble idéal pour tourner un film fantastique, sauf que rien n’est en carton-pâte. Les sujets les plus âgés auraient dans les 800 ans.




Nous poursuivons notre chemin jusqu’au sanctuaire de Myoken construit devant un ensemble de gros rochers. Le bâtiment n’a pas d’intérêt en lui-même mais le lieu offre quelques détails intéressants à cadrer et un point de vue sur un pan de campagne.




Cette journée m’a laissé un goût d’inachevé. J’ai été peu inspiré par ce que j’ai vu alors qu’il y a de quoi. Le site des camphriers, notamment, est extraordinaire… Il faut croire que je n’avais pas le cœur ouvert à ça ce jour-là. Il va falloir y retourner pour apprécier pleinement.
Et sinon ?
Toujours assez chargé au niveau du boulot. J’ai du mal à rattraper mon retard sur le blog. Vendredi prochain nous décollons pour un périple de 4 jours dans le Kanto. Attendez-vous à une série d’articles, mais il faudra être patients !

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