Un tour à Chiran

Vendredi dernier nous avons fait un saut à Chiran (25 minutes de chez nous). Nous avions une course à faire là-bas. Nous nous sommes débrouillés pour y être un peu avant l’heure du déjeuner et donc l’excuse était toute trouvée pour y rester manger un bol de soba.

Les soba sont des nouilles de farine de sarrasin. En Bretagne on fait des galettes, au Japon ils font des nouilles. Je ne voudrais pas faire du chauvinisme de bas étage mais les galettes au beurre, c’est bien meilleur. Je ne suis pas un grand fan de soba mais Yoko aime beaucoup. Le resto pour lequel nous avons opté se trouve dans un quartier ancien où les rues sont bordées de maisons de samouraïs vieilles de 250 ans pour certaines.

À l’époque Edo (1603-1868), le shogunat exerce un contrôle strict sur ses vassaux afin de sortir du chaos de la période qui précède qui a vu le Japon se mettre à feu et à sang pendant 150 ans. Chaque grand seigneur ne doit avoir qu’un château et les samouraïs doivent résider autour de ce château. Dans le fief de Satsuma dirigé par le clan Shimazu et où se situe Kagoshima, on est un peu loin de la capitale et on en profite pour faire un peu ce qu’on veut. Alors certes, tous les châteaux sont rasés sauf un (et pas un gros), mais les samouraïs, au lieu d’être regroupés, sont dispersés dans toute la région. Il faut dire que le clan Satsuma, riche et puissant, entretient plus de guerriers que la moyenne et les faire tous vivre à un seul endroit ne semble pas possible. Chiran voit donc se construire un quartier habité par ces personnes d’un rang supérieur aux autres. Les samouraïs prospèrent ici notamment en s’occupant de la culture du thé. Chiran produit encore aujourd’hui un des meilleurs thés du Japon. C’est pas moi qui le dit, c’est eux. Et il n’y a pas que les habitants de Chiran qui le disent. L’emplacement de la ville dans une vallée à l’intérieur de la péninsule, séparée de la ville de Kagoshima par des montagnes, l’a préservée des affres de la modernisation et de l’urbanisme ravageur, au moins dans ce quartier. Et c’est ainsi qu’il a conservé sa physionomie.

Le coin est calme en ce jour d’hiver. La rue principale est bordée de murets de pierre surmontés de hautes haies. On ne voit pas grand-chose des maisons. Les entrées sont le plus souvent conçues comme des entrées de château, avec une chicane qui empêche de voir à l’intérieur, voire une porte quelque peu monumentale. Impossible non plus d’apercevoir les fameux jardins qui datent pour certains du XVIIe. Il faut dire que beaucoup de ces maisons sont habitées. Pour y accéder, il faut payer. Ce n’est pas très cher, mais comme le temps nous manque… Nous décidons de remettre à plus tard cette visite.

Toutefois, une des maisons est laissée grande ouverte, c’est le cas de la dire, et permet au public de découvrir, depuis sa cour, cette architecture traditionnelle. Le toit est en chaume, ce qui était encore la norme il y a deux siècles où couvrir de tuiles était trop onéreux pour le clampin moyen, et même pour les clampins plus que moyens.

Toute la maison repose sur une structure en bois dont les principaux poteaux sont posés sur des pierres que vous pouvez apercevoir sur la photo ci-dessous. Cela permet à la partie bois d’être isolée de l’humidité du sol et d’avoir une bonne souplesse quand la terre tremble. Vous remarquerez aussi que le plancher se situe à 50 bons centimètres au-dessus du sol pour faciliter la ventilation et lutter contre la moisissure.

Nous voyons le engawa, cette sorte de couloir/véranda ouvert qui fait la transition entre l’intérieur et l’extérieur des maisons japonaises.

Cette pièce est typique des maisons japonaises de style traditionnel. On l’appelle washitsu. Elle se caractérise par la présence des tatamis et de plusieurs éléments clés :

  • Le tokonoma : (tout à gauche sur la photo) espace pour présenter des objets précieux qui peuvent être changés en fonction de la saison ou des visiteurs : vase, calligraphie, composition florale, sabre…
  • Le butsudan : (juste à côté du tokonoma) il s’agit d’un petit hôtel bouddhiste auquel sont associés les portraits des ancêtres. On y dépose des offrandes, brule de l’encens et on prie régulièrement. Ici il est très sobre car en général c’est un endroit très décoré.
  • Les shojis : panneaux coulissants en bois, ils sont ajourés et couverts d’un papier qui laisse passer la lumière. À ne pas confondre avec le fusuma qui est opaque. Les deux servent à la fois de portes et de cloisons aux pièces japonaises.

On voit aussi dans cette pièce, tout à droite, une sorte de meuble. Il s’agit en fait de coffres (ou malles, quelle est la différence entre les deux ?). Là il y en a trois les uns par dessus les autres.

Dans cette seconde pièce, nous pouvons distinguer deux parties. D’abord le genkan, situé sur la droite, qui est une entrée de la maison. Cet endroit est au niveau du sol. C’est là qu’on se déchausse avant de véritablement rentrer dans la maison. Ici il s’agit du ura genkan, la porte de derrière. Le reste de la pièce est le daidokoro, la cuisine. C’est le seul endroit de la maison où il y a un foyer. Celui-ci n’est jamais sur le côté de la pièce, toujours vers le centre. Il s’agit d’un foyer totalement ouvert. Une crémaillère pend depuis le plafond. On remarque le petit paravent qui cache une partie de la pièce aux personnes qui entrent et les jarres de stockage.

Enfin bref ! Je vous parle de tout ça mais au départ on était juste venu manger des soba. Le truc, c’est que je ne pourrais même pas vous montrer ce qu’on a mangé. Je n’ai pas pensé à prendre nos plateaux en photo (je fais une croix sur ma carrière de reporter)… Nous sommes donc allés dans un restaurant situé dans une maison traditionnelle. Il faut se faufiler sur le côté pour accéder à une petite salle en tatamis (appelée washitsu, il y en a qui ne suivent pas) dotées de trois tables. Je ne vous en dit pas plus, je vous laisse apprécier l’ambiance…


Comme je vous le disais dans l’article précédent, c’est la saison des fleurs de prunier. C’est aussi la saison des camélias. Et puis comme vous le voyez, chez nous non plus il ne fait pas toujours beau !


Ah oui ! Et aussi c’est la saison des oranges. Enfin, je dis oranges mais c’est des mikan, ponkan, komikan, Sakurajima komikan, zabon, dekopon, etc. Le terme orenji est destiné aux variétés issues des bords de la méditerranée. Dans notre potager, il y a des kumquats composés à 50 % de peau et 50 % de pépins, le reste, bah, euh… 50% + 50% ça fait, heu… bon de toute façon ils ne sont pas encore tout à fait murs !

On a reçu une caisse d’agrumes d’un oncle de Yoko. Si avec ça on n’a pas la banane.

9 réponses à « Un tour à Chiran »

  1. Quelle envie de venir ! les billets d’avion sont pris ! On ira voir Takamori Saito 😉
    Nous avons hâte !

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    1. Ah ! Takamori Saigo… Transformé en héros tragique pour renforcer le côté symbolique qu’on lui attribue. En tant que « dernier samouraï », il représente la fin d’une époque et de valeurs qu’il a lui-même contribué à renverser en grande partie. Qui était-il pour ses contemporains ? Qui est-il pour nous et nos contemporains ? Qui était-il vraiment ? Sans doute des images construites et perçues de bien différentes façons selon les points de vue. Comment et surtout pourquoi un homme devient-il un symbole ? 20 ans après sa mort dans sa bataille contre l’empereur, une statue était érigée à son effigie à Tokyo. Qui a dit que les nations pouvaient avoir des relations compliquées avec leur histoire ?

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  2. Avatar de Jerome Marchand
    Jerome Marchand

    C’est bien dans la province qu’il y a la grotte où il s’est fait Seppuku avec des lieutenant je crois. Cela à contribuer à sa légende et à son histoire avec ce nouveau monde.

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    1. L’histoire de la grotte se déroule bien à Shiroyama, dans la ville de Kagoshima.

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  3. Le Japon comme on l’aime !!
    Merci 1000 fois

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  4. Salut Gildas ; c’est encore avec un plaisir renouvelé que je te suis dans ton expérience japonaise, après une journée de boulot bien remplie et bien prise de tête. J’imagine que tu passes pas mal de temps à écrire et monter tous ces posts aussi chouettes les uns que les autres ; saches que nous, on adore vraiment beaucoup vivre par procuration votre aventure ! Et on est surtout très heureux pour vous de voir que vous en profitez à fond ! Ce WE, on va aussi au Japon avec nos amis… d’une autre manière (on va voir le dernier Kore-eda avec Sebédid )
    bises à vous 2 de nous 4

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    1. Moi aussi ça me fait plaisir d’avoir de vos nouvelles ! J’ai pas mal de boulot en ce moment donc moins de temps pour profiter du pays et moins de temps pour écrire aussi. Heureusement, même au travail je suis toujours un peu en voyage dans mon bureau sur tatamis avec pour décors mes vieux fusumas et la vue sur le jardin. Comme les feuilles de certains arbres sont tombées, j’aperçois même le Kaimondake à travers la végétation sans bouger les fesses de mon zafu !

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      1. Avatar de amandine horibe
        amandine horibe

        oui je te comprends bien ; même en allant bosser et même en bossant je me sentais en vacances aussi… C’est ça la magie du truc en fait ; et le pire, c’est que même au bout d’un an, ça ne m’avait pas quitté comme impression !!! Ici, on voit les gens râler et s’énerver : les profs sont en grève ; les agriculteurs bloquent les routes en montent sur Paris…. même Waze ne suit plus ! Bref, la France quoi… Cela ne doit pas te manquer

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  5. […] peu dans le coin, chez les parents de Yoko, bien sûr, mais nous sommes aussi retourné à Chiran (dont je vous ai déjà parlé ici). C’était le 10 mars. J’espère que vous ne m’en voudrez pas du désordre […]

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