Bon, le coup de « faire des petits articles plus souvent », ça n’a pas l’air de marcher. Alors vous en aurez moins, mais plus (vous suivez la logique ?).
La semaine dernière, nous sommes allés à la nocturne de la galerie Dasoku (qui a lieu tous les samedis). Nous aimons bien nous y rendre à ce moment-là car on y croise parfois des gens qui aiment causer art et culture. En gros, on y va pour tenir salon, montrer et voir des choses. Évidemment, ma participation à la conversation est limitée mais mon adorable femme prend le temps de traduire pour que je ne sois pas complétement largué. Participer aux conversations est très important pour faire pousser les graines de japonais que Miyuki sensei essaye de m’implanter une fois par semaine. Il va falloir être encore très patient avant de récolter les fruits…
En ce moment, c’est Kaieda Hiroshi qui expose. Son vrai métier (nan, parce que artiste, sans rire, c’est pas un métier ça !), son vrai métier est prof d’art dans un collège. Mais sinon il fait des toiles pleines de mouvement, façon impressionniste si on veut. Pour moi, ça tangue un peu trop. Je me demande quelle excitation intérieure peut donner naissance à tout ce mouvement presque chaotique sur la toile. Vous pouvez voir ce qu’il bricole sur son instagram h.kai.art. Nous avons parlé de l’attitude face à la toile, la distance, le geste, savoir poser la dernière touche et s’arrêter… Il fait un travail sérieux. Il bénéficie du fait qu’il n’a jamais cessé de peindre malgré le peu de temps dont il dispose. Le temps long et l’implication donnent de la profondeur à une œuvre.
Kai (nom d’artiste de Hiroshi-san) pratique la poterie avec ses élèves. Il a bien voulu nous faire une petite séance d’initiation à la galerie.






Et voilà nos œuvres ! En haut à gauche une sorte de saladier obtenu par moulage sur un vrai saladier. En dessous, l’assiette de Yoko (plus fine que la mienne). Juste à droite, celle réalisée par Hiroshi-san pour nous montrer et en bas à droite mon « œuvre ». Hiroshi-san a aussi réalisé le petit chat.
Tout ça est parti pour être cuit et émaillé, étapes auxquelles nous n’assisterons pas. Nous devons récupérer les objets finis courant mars.
Le lendemain de cet atelier poterie, certains d’entre vous le savent, Yoko avait organisé un atelier kakizomé (première calligraphie de l’année). Pour l’occasion, un lieu a été loué et une quinzaine de japonais se sont prêté au jeu (dont nos amis de la galerie Dasoku). La particularité de cet atelier était de se dérouler en multiplex avec la France. En effet, Yoko a proposé à ses élèves de se connecter pour partager ce moment ensemble. Les français ont dû prendre les pinceaux de bonne heure pour se caler sur des japonais qui, eux, ont dû reculer l’heure du dîner. Au Japon, il y avait trois caméras actives pour permettre aux français de voir ce qui se passe et un grand écran permettait au japonais de voir les français.
Yoko a emprunté des pinceaux à une amie. Des bols en carton ont servi d’encriers. Pour les poses-pinceaux et les presses-papier, nous avons été faire un tour au bord de la mer ce qui donne un côté déco à la table avec les galets et bois flottés.

Nous avons passé un moment agréable. Le groupe de japonais était très divers, de 6 à 70 (?) ans. Tout le monde s’est mis au travail consciencieusement. Parmi les adultes, certains n’avaient pas repris le pinceau depuis l’école primaire. Il y a avait deux lycéennes qui font parti du club de calligraphie de leur école. Et nous avons pu voir que du côté français aussi ça a bien bossé.


Après une heure et demie pendant laquelle les participants ont usé les poils des pinceaux, nous sommes passés aux choses sérieuses. Akari-san, mon élève de français (comme si je pouvais être prof de français…), est boulangère. Elle nous avait préparé trois galettes des rois, pâtes feuilletées faites maison. Chacune avait un motif différent. Nous avions reçu de France des couronnes et des fèves (merci aux fournisseurs !). Les japonais ont ainsi pu goûter à la culture française, littéralement. Le plus jeune de l’assistance s’est glissé sous la table pour distribuer de façon impartiale les parts (autre coutume française) mais, « par le plus grand des hasards », il a eu la fève… Les galettes étaient vraiment excellentes.

Nous avons ensuite procédé à un échange de questions avec les français. Là encore, les talents linguistiques de ma femme ont fait merveille. Il n’y a pas à dire, être bilingue met de l’huile dans les rouages quand il s’agit de construire des ponts entre les cultures. Je crois que tout le monde était ravi de se parler d’un bout à l’autre du monde après avoir partagé cette séance de calligraphie. Les japonais comme les français ont manifesté leur joie de pouvoir échanger quelques questions/réponses avec des personnes d’une autre culture pour laquelle, néanmoins, ils se sentent des atomes crochus. Quel est ce mystère qui relie la culture française et la culture japonaise, alors qu’elles sont si différentes ?

Et sinon ?
Sinon l’hiver avance. L’hiver dans le sud du Japon est plus doux que sur les bords de Loire. Et pourtant Joachim du Bellay louait la douceur angevine. Ici les pruniers fleurissent. Akari-san nous en avait ramené deux branches du jardin de sa grand-mère pour décorer la salle lors de kakizomé.


Répondre à gildasch3 Annuler la réponse.