Après avoir revu le Kirishima jingu (cf. épisode précédent), nous retournons à nouveau à Kangamizo faire le plein de mystère. Autre lumière, autres photos. Je m’amuse !



Après le déjeuner, nous filons vers l’est. Nous quittons la préfecture de Kagoshima pour entrer dans celle de Miyazaki. Ne cherchez pas le rapport avec le célèbre réalisateur même si dans les deux il y a de la nature et du mystère.

Nous faisons une halte rapide au lac Miike. Il s’agit du plus grand lac, et le plus profond, du Parc National de Kirishima. Il est, bien entendu, le fruit d’une éruption volcanique, la plus grosse qui ait eu lieu à Kirishima. Et cette éruption remonte « seulement » à 4 600 ans. Ce qui est très peu en histoire géologique. Cela relativise le calme et la sérénité de l’endroit. À l’arrière-plan : le mont Takachiho. Nous nous sommes promis d’y monter, mais pas cette fois. Nous préférons nous rendre au Sano-jinja, un temple shinto. Yoko a cru comprendre qu’il y avait un festival…

En fait, tout est calme au temple. Un prêtre et son acolyte vaquent à leurs occupations. Rien ne semble annoncer que des festivités vont avoir lieu, ni même qu’elles ont eu lieu. Tant pis pour nous ? Pas vraiment. L’endroit est très agréable. La tonalité des constructions fait qu’elles s’intègrent merveilleusement dans la forêt. Certains cèdres ont plus de 400 ans. Autour des bâtiments, le sol gravillonné a été ratissé, ce qui lui confère cette aura zen. Les passages successifs du râteau finissent par créer comme une ondulation. Ce ratissage est pourtant fort pragmatique : il s’agit de retirer les feuilles tombées. Nous pouvons déambuler dans ces zones gravillonnées. Mais nous apprécions le soin esthétique apporté à cet acte simple.

Il semblerait (mais vous savez, les « on dit »…) que Jinmu soit né ici, quelque part au VIIe siècle avant notre ère. Et c’est donc dans les environs que le bambin a développé toutes les qualités requises pour devenir, en toute simplicité et modestie, le premier empereur du Japon. Il faut dire que le gars est arrière-arrière-arrière petit fils de la déesse Amaterasu (je l’avais évoqué là). Il y en a qui naissent avec une cuillère en argent, plaquée or et sertie de joyaux dans la bouche. Qu’on ne vienne pas nous raconter qu’il a bien du mérite.
Les premiers écrits concernant Jinmu sont le Nihon shoki et le Kojiki, tous les deux écrits au VIIIe siècle. Il n’est donc pas impossible qu’il faille envisager l’éventualité que l’histoire ait été quelque peu enjolivée entre temps. Si ça se trouve, notre premier empereur n’est que arrière-arrière-arrière-arrière-arrière petit fils de la déesse Amaterasu et non pas arrière-arrière-arrière petit fils.
Jinmu se sentait tellement bien sur son lieu de naissance qu’il est parti s’installer dans le Kansai (Osaka, Kyoto, Kobe…), soit à plus de 500 km au nord est à vol d’oiseau. Toujours selon la légende, il n’a pas hésité à distribuer quelques tartes à ceux qui habitaient déjà sur place et qui s’offusquaient de son intrusion. Il est beau le droit divin !
Mais revenons au temple.

Comme les autres temples de la région, le Sano-jinja a connu son lot de destructions par le feu des volcans. Il a même été déplacé pendant plusieurs centaines d’années à Takahara, à deux ou trois kilomètres de là. Il a retrouvé sa place originale en 1610. Mais encore récemment, en 2011, le sanctuaire (comprenez « les objets sacrés ») a momentanément été transféré ailleurs pour cause d’activité volcanique un poil trop intense au goût du clergé. Quand ça sent le souffre, les moines prennent la poudre d’escampette.

Nous quittons Sano-jinja pour nous rendre dans un autre sanctuaire. Ce matin nous étions au sanctuaire de Kirishima, et comme nous avons roulé vers l’est, celui que nous visitons maintenant s’appelle le Kirishimahigashi, higashi signifiant « est ». Jusque là, tout est logique.

Le temple est assez isolé. Il faut rouler un peu plus de 10 minutes dans la forêt pour y arriver. Les visiteurs ne sont pas nombreux contrairement à son confrère de l’ouest. Il est construit à flanc de montagne et il y a quelques volées de marches avant d’accéder au sanctuaire. À l’entrée, deux cèdres servent de torii au lieu de l’habituel portail rouge.


L’allée entre le portail et le cœur du temple m’a parue emplie de mystère alors que la lumière déclinait. Ici aussi le temps semble incertain. On se demande si en partant nous retrouverons le monde tel qu’il était en entrant.

Comme l’autre temple de Kirishima, ce sanctuaire est en lien avec la naissance du Japon. Vous savez ? Quand Ninigi-no-Mikoto descend sur Terre, envoyé par Amaterasu. Depuis le temple, un chemin permet de monter au Takachihonomine, l’endroit où tout s’est passé. Il y a encore un temple là haut, mais sans bâtiment. Nous irons voir un de ces jours.

À 200 mètres de ce temple shinto, on trouve un temple bouddhiste. Il est assez surprenant de trouver les deux presque côte à côte. On reconnaît bien le temple bouddhiste à sa statuaire qui sent la paix et la joie de vivre…
Puisque c’est ainsi qu’on nous reçoit, c’est qu’il est temps pour nous de reprendre la route. Nous rentrons à Goryo ne nous arrêtant que pour avaler un bon bol de ramen.
Nous reviendrons à Kirishima. La région a encore beaucoup de belles choses à nous dévoiler.

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