Part three : Kirishima, nous voilà !

Résumé de l’épisode précédent : Yoko et Gildas ont enfin pris la route, direction Kirishima. Leur volonté inébranlable leur permet de faire face à toutes les distractions (ou presque). Il ne leur reste plus que quelques kilomètres pour atteindre leur hôtel, mais…

Mais comme nous étions un peu en avance sur l’horaire, malgré tout, nous nous sommes arrêtés aux portes du parc national de Kirishima-Kinkowan pour visiter les gorges de Shinsui. Pour y accéder, nous avons traversé un pont rythmé par des têtes de tengu. Kézako les tengu ? C’est ça :

Aujourd’hui, les tengu sont le plus souvent représentés avec un long nez. En fait, il s’agit d’une déformation de la représentation initiale. En effet, au départ les tengu sont apparentés à des oiseaux de proie (malgré leur nom qui signifie « chien céleste », mais bon, on ne va pas tout compliquer). Le bec crochu qui les caractérisait (un peu comme sur la photo ci-dessus) s’est peu à peu transformé en nez proéminent. On peut dire qu’à l’origine, les tengu n’étaient pas là pour la rigolade, plutôt du genre à précéder la guerre. Et aujourd’hui encore on ne goûte guère leurs plaisanteries, même s’ils sont considérés comme les protecteurs des montagnes et des forêts (ou à cause de ça ?). Les yamabushi dont je parlais par ici leurs sont souvent associés. Si vous en croisez, un conseil : ne dites rien et essayez de prendre la couleur des arbres et des rochers qui vous entourent.

Nous étions donc bien encouragés à descendre dans les gorges…

En bas il y a des formations géologiques comme ça :

Il y a des formations géologiques comme ça (ce qui n’a rien à voir du tout) :

Ces formations sont d’origine volcanique, parce que oui, attention, révélation : il y a des volcans au Japon ! Bon, là, c’est froid, mais il y a des endroits où c’est un peu chaud, même qu’il faut faire gaffe.

Pour conjurer le sort (et corrompre les tengu), les japonais laissent des pièces partout. Qu’ils sont bêtes !

Là j’ai pris la photo et puis j’ai tout mis dans mes poches pour aller m’acheter des clopes. Quand je me suis retourné, il y avait un bonhomme habillé bizarrement avec un nez long comme un pied de table qui me regardait fixement. J’ai pris un air dégagé, j’ai tout remis en place en sifflotant, et puis je me suis efforcé de prendre la couleur des rochers et des arbres…

À la sortie des gorges, on est tombé nez à nez avec deux autres tengu. Ceux-là avaient l’air plus sympathiques car leur appendice nasal était d’une taille plus raisonnable. Je leur ai donné une pièce et on a filé !


Plus tard, nous avions rendez-vous avec un artiste un peu touche à tout : Hiroshi san. Il fabrique des lampes mais dire ça me semble assez réducteur par rapport à ce que nous avons aperçu chez lui. Il habite une maison/atelier dans un coin paumé (un autre, il faut croire qu’on aime ça !). Le lieu est assez incroyable car il a accumulé là tout un tas d’objets de bric et de broc, des crânes et bois de cerf, une collection de vieilles malles, des cartes marines, des outils divers et variés, des trucs dont on se demande ce que c’est avec, ici et là, une plante grimpante tout droit arrivée de l’extérieur, infiltrée par un trou dans une cloison. Comme on était chez lui, je n’ai pas pris de photo. Il y avait pourtant matière.

Il nous a proposé de nous faire découvrir un coin dont les offices de tourisme ne font pas la promotion. Pour le coup, c’était certain, on allait être en retard à l’hôtel. Mais on s’est laissé tenter par l’aventure. Nous voilà à marcher dans les bois jusqu’à l’entrée d’une gorge. Oui, encore une gorge, mais sèche celle-là. Aussi sèche que la nôtre à se balader ici à la nuit tombante. Histoire d’égayer un peu la situation, le lieu s’appelle le Chemin des dieux. Autant dire qu’en entrant ici on marche sur des œufs.

Nous ne savons pas très bien quelle distance nous avons parcouru, ni combien de temps. L’endroit nous a laissé une forte impression. Le genre de lieu qui vous fait vraiment sentir qu’ici, vous n’êtes plus tout à fait là, déjà ailleurs…

Et d’ailleurs, ailleurs on nous attendait. À l’hôtel. On a trouvé ça plus rassurant et dans un élan de pragmatisme, on a repris la voiture. Oui, je sais, je vous déjà fait le coup du « rien ne nous arrêtera ». Mais là, il est tard et il faut bien qu’on finisse par arriver. Non ?

8 réponses à « Part three : Kirishima, nous voilà ! »

  1. Excellent ! Oui les forêts japonaises ne dégagent du tout le même atmosphère champêtre que nos forêts hexagonales, elles sont plus obscures… ?? ________________________________

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    1. Dans le goulet du chemin des dieux, quand l’heure est entre chien et loup, c’est pas la même ambiance, non ! D’ailleurs j’ai pensé à toi car quand nous étions là bas nous avons entendu le brame d’un cerf. Atmosphère, atmosphère ! Est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ?

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      1. Est beau cadeau des dieux de la forêt ça ?? ________________________________

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      2. Les dieux ont été généreux 😊

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  2. Un jour Yoko m’avait dit qu’elle s’efforçait de faire quelque chose de nouveau tous les jours….même quelque chose de minime… mais alors là, vous excellez dans cet art !!

    Quel plaisir de suivre vos aventures 😊🤗

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  3. […] trois ou quatre kilomètres de là (à vol d’oiseau), juste à côté des gorges de Shinsui dont j’ai déjà parlé. Cette nouvelle version qui nous attend date de 1715, des versions intermédiaires ayant été […]

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  4. […] sans délai à Kirishima. Avant de rejoindre notre hôtel, nous faisons un détour par Kangamiso dont je vous ai déjà parlé ici. Nous sommes un peu plus tôt dans la journée et c’est notre deuxième visite. […]

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