La première fois que j’ai vu un crabe au Japon, c’était à 500 m de la mer. Déjà, on se dit qu’on a affaire à un crabe voyageur. Maintenant, si je vous dit que c’est 500 m à vol d’oiseau et que pour parvenir à la mer, il faut d’abord escalader un col à 300 m d’altitude… Notre crabe devient explorateur, aventurier, une sorte de Marco Polo mais avec des pinces.
Hé bien figurez-vous que des crabes, on en a plein autour de la maison ! Et ceci, bien que nous soyons à 700 m de la mer (toujours à vol d’oiseau et ceux qui ont étudié un peu sérieusement l’anatomie des crabes savent qu’ils n’ont pas d’ailes).

Nous les voyons surtout le matin, si la nuit a été humide. Ils sortent alors de leurs cachettes et se lancent prudemment dans le vaste monde. Je dis prudemment car ils se déplacent le plus souvent dos au mur, comme s’ils redoutaient un coup de poignard. On sent bien qu’ils n’ont pas confiance, qu’ils sont un peu traumatisés par des expériences passées.

D’ailleurs, loin de faire les fiers à bras avec leurs grosses pinces, en la présence d’un danger, ils excellent plutôt au sprint vers l’abri le plus proche. Ça se bouscule même un peu parfois quand ils essayent de se mettre à deux ou trois sous le même caillou.

Certains, téméraires, s’aventurent parfois en terrain découvert… Sans doute les plus rapides !

Récemment, nous avons découvert un secret sur ces crabes. Certains ont une formation de Ninja… Riez ! Riez ! Je peux vous dire que ça fait bizarre quand on découvre qu’un crabe ninja vous espionne sous votre propre toit.
Ça faisait plusieurs soirs que j’entendais des bruits étranges dans la maison, mais impossible de localiser exactement la source. À chaque fois que je bougeais, le silence se faisait. Je me remettais à bosser… et gratte, gratte, gratte ! Mais l’autre soir, en levant les yeux vers le plafond… je suis tombé nez à pince avec un crabe ! Celle là, on me la raconterai je n’y croirais pas. Et pourtant ! Il était bien là ce crabe, à escalader les shoji fraîchement restaurés par Yoko. Était-ce une inspection du travail ou une tentative de sabotage ? Était-il là pour nous espionner ou pour nous protéger (et pour le compte de qui ?). Le crabe n’a pas parlé (un crabe ninja ça ne parle pas).

J’ai quand même réussi à l’attraper. Là où il était, il ne pouvait pas cavaler sans risquer le grand saut deux mètres plus bas. Et visiblement, il avait oublié ses shuriken. Raccompagné à la sortie, il n’a pas demandé son reste et s’est fondu dans la nuit… tel un ninja.
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