Retomber en enfance et retourner à l’école. Retourner dans une autre école en ce qui me concerne. Et puis au fond se dire que toutes les écoles se ressemblent car elles sont peuplées d’enfants.
Mardi 25 mars, dernier jour de l’année scolaire au Japon. Les enfants s’apprêtent à partir en vacances. De retour deux semaines plus tard, ils seront dans la classe de niveau supérieur. Le Japon est décalé par rapport à la France. Peut-être une réminiscence du calendrier chinois.
J’ai été invité à faire une intervention le temps d’une matinée. Un cours de dessin sera le prétexte pour mettre les enfants en contact avec un grand type bizarre à la peau blanche, les yeux clairs et au long nez. Et si les enfants regardent un peu bizarrement le type bizarre, ils en ont déjà vu à la télé des bizarres comme ça. Et puis si ce type bizarre a pu rentrer dans l’école accompagné de la directrice de l’école, alors ça va. C’est bizarre mais ça va.
C’est l’école maternelle (la dernière fois, nous étions à l’école primaire et si on suit la logique, la prochaine fois on va à la crèche avant d’aller à la maternité). Il y a une classe unique, les enfants ont de 3 à 6 ans. Ils sont une petite vingtaine. Les plus jeunes seront écartés le temps de mon « cours de dessin ».
Ça fait longtemps que je n’ai pas été confronté à un tel public. J’ai un passif en la matière puisque j’ai passé mon BAFA avec l’option « Petite enfance ». Un diplôme qui m’a servi de « sésame » pour encadrer des enfants en centre d’animation dans ma jeunesse.
Et puis, bien plus tard, à l’occasion de la parution de livres que j’ai illustrés (la série de la Petite Boule Blanche aux éditions Belin), j’ai participé deux fois au festival du livre jeunesse de Riscle. Dans ce cadre, j’ai animé des petits ateliers d’environ une heure chacun devant des classes de la région. J’avais mes livres comme support et des enfants qui les avaient lus dans le cadre de l’école. Et puis, petit détail, tous ces enfants parlaient français.
Cette fois encore, je suis heureusement accompagné par ma fidèle interprète. Et puis j’ai quelques repères puisque Risa-san (prononcez Lissa), notre voisine, nous accompagne. Et son fils, Ma-kun est dans la classe. Il déborde un peu d’énergie et d’amour pour moi, Ma-kun, toujours une fête quand on se retrouve. Heureusement que sa maman est là !
J’essaye d’expliquer aux enfants que je viens de loin, un endroit qui s’appelle « furansu » (France) quelque part de l’autre côté de la Terre. C’est sans doute la première fois qu’ils en entendent parler. Je vois bien que ça ne leur dit rien du tout, que le concept même d’un monde aussi lointain est flou pour eux. La plupart n’ont pas encore eu l’occasion de prendre l’avion.

Nous rentrons ensuite dans le vif du sujet. Je leur explique ce que nous allons dessiner : un bonhomme. Je le dessine méthodiquement, étape par étape, afin qu’ils intègrent petit à petit la représentation du schéma corporel. Évidemment, ça va donner lieu à des interprétations créatives.

Après la démonstration : travaux pratiques. Les enfants se mettent à dessiner avec des crayons de couleur (pas de feutres dans les écoles japonaises si j’ai bien compris). Je regarde, je passe de table en table, refait un modèle au besoin. Un des enfants qui semble en difficulté pour son âge me sollicite beaucoup. Je passe du temps à lui montrer des choses simples qu’il a du mal à mettre en œuvre. De son côté, Ma-kun ne peut plus arrêter son crayon qui tourbillonne au sens premier sur la feuille. Plus grand le gribouillis, mieux c’est . Quelle énergie ! Certains, très sages, appliquent les consignes puis passent à l’ajout d’agrément. Je vois apparaître des fleurs, soleil, arc-en-ciel. On me demande pour faire le chat et on s’étonne que, malgré mon modèle, celui dessiné a cinq pattes. Quelques enfants décrochent et vaquent à leurs occupations dans la classe. On les laisse faire. L’enseignante et ses aides sont contentes, elles trouvent que les enfants sont plus concentrés que d’habitude.

Vers 11h30, arrêt de l’atelier. Les enfants rangent tout et on prend la photo souvenir. Ça se bouscule gentiment pour être à côté de moi. Le plus malin se faufile jusque sur mes genoux.

Ensuite nous passons à table. Le repas se déroule directement dans la classe, sur les tables où nous avons dessiné. Chaque élève va chercher son gobelet et une boîte dans laquelle il a amené son riz. Assiettes et baguettes sont fournies par l’école ainsi que le reste du repas : soupe de miso, légumes et poisson ce jour-là. À cet âge, les enfants sont servis, mais ils peuvent aller se resservir s’ils le souhaitent.
Nous mangeons avec eux sur de petites tables, assis sur de petites chaises, dans des petits bols. On s’installe un peu au pif. Malgré les tentatives de Yoko, les deux petites filles en face de nous n’osent pas trop nous parler (« il est vraiment trop bizarre le grand monsieur avec son grand nez »).

À la fin du repas, nous laissons les enfants alors qu’on leur installe des nattes où ils s’apprêtent à faire la sieste. Certains vont jouer dehors en attendant.
Au sujet de l’école maternelle au Japon (ce que j’ai vu)
La salle de classe est grande, divisée en plusieurs espaces. L’espace principal est celui où nous avons dessiné et mangé. Il y a deux espaces un peu séparés, un pour la lecture, l’autre peut-être réservé à l’enseignante. Enfin, il y a une scène qui sert aussi de lieu pour la sieste.
Chaque enfant dispose d’un grand casier où il peut mettre ses affaires.
Il y a deux aquarium avec de petits poissons appelés medaka. C’est pas mal la présence du vivant dans la classe. En revanche, pas de plantes.
Les enfants se déchaussent pour entrer dans la salle. Ils ont des petits chaussons blancs assez typiques appelés uwabaki. Il n’y a pas d’uniforme à cet âge en dehors de la casquette de couleur portée lors des sorties.
Note : la plupart des photos ci-dessus ont été prises par Yoko. Et comme nous étions tous les deux occupés au début et à la fin, je manque un peu d’images pour illustrer. On ne peut pas tout faire !

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