Mercredi soir, peu après 23h nous avons été privés d’électricité. Toujours ennuyeux pour le boulot, le contenu du frigo, encore plus celui du congelo, et des après-souper pas rigolos. Sans lumière, c’est tout le monde au lit à la nuit tombée et la nuit tombe tôt au Japon (18h45 en ce moment). Sans lumière, on ne peut pas lire, dessiner, faire un jeu, cuisiner… Le premier soir, on s’en fiche, les téléphones sont sur batterie, on s’occupe. Le second soir (hier soir), on est obligé de faire des économies de batterie et bon, tant pis, cette vidéo de chat qui rigole en déchirant les rideaux, on la regardera plus tard.
Aussi, ce matin, quand on a constaté que la fée électricité était toujours fâchée j’ai eu comme une petite pointe d’inquiétude. J’ai quelques dossiers qui demandent à avancer et qui pourtant commencent à prendre la poussière sur les étagères de mon disque dur qui, lui, aimerait bien faire un peu d’exercice.
Pourtant le typhon a poursuivi sa route tranquilou vers le nord et le vent a bien baissé dès hier après-midi. Le problème électrique doit être conséquent car c’est une grande partie de Ei (quelques milliers d’habitants) qui sont au courant qu’ils n’ont pas de courant et le fait de ne pas avoir de jus doit en mettre plus d’un dans le jus, justement. Comme moi. Et je ne remets absolument pas les compétences des électriciens japonais qui doivent un peu être préparés pour ces circonstances catastrofnaturelesques.
Hier pour écrire le précédent article, j’ai eu bien du mal à télécharger les photos depuis mon téléphone. En soirée j’ai même eu du mal à envoyer quelques misérables messages sur Whatsapp. Sans électricité, pas de fibre ni de wifi, je suis passé sur le réseau mobile pour ma connexion depuis mon téléphone qui avait l’air de bien galérer à gérer. Figurez-vous que ce matin on a atteint un nouveau stade. Plus de réseau. Rien. Nada. Que dalle. Impossible même de passer un coup de fil.
Nous avons donc activé le plan A (il faut toujours avoir un plan au cas où). J’ai ramassé tout mon matériel et nous voilà en route vers la galerie Dasoku. En effet, Shunsuke et Mai, malgré leurs déboires à base d’infiltration (ils ont passé la nuit de mercredi à jeudi à mettre des seaux et des bacs en plastique sous les fuites, à éponger le reste et à déménager leurs affaires dans les recoins épargnés), ont toujours de l’électricité et ont proposé que je bosse chez eux.
Sans moyens de communication, nous partons sans les prévenir de notre arrivée (bah oui, c’est bête hein). Nous décidons de faire un détour par un magasin pour m’acheter un repas. Cela nous oblige à faire un détour car il faut en trouver un qui a de l’électricité (bah oui, c’est bête hein). Et ce faisant nous nous perdons à moitié car on n’a pas de GPS pour nous diriger dans le dédale des champs de thé (bah oui, c’est bête hein). Dans le magasin, ils sont en train de jeter tout le rayon frais à la poubelle (bah oui, c’est bête hein). J’ai du mal à trouver un truc décent à manger sans réchauffer.
Nous reprenons la route pour aller à la galerie. Arrivés sur place : personne ne nous attend (bah oui, c’est bête hein). On ne va pas attendre qu’il se passe hypothétiquement quelque chose. Visiblement le plan A est tout cassé, on passe au plan B (ça sert à rien d’appeler le plan A « A » s’il n’y a pas de plan B).
Le plan B est d’aller dans un espace de coworking à Makurazaki. Sur la route, nous constatons que, si les routes sont circulables, elles sont souvent encrassées de déchets verts pulvérisés. Il y a des branches cassées sur le bord, des arbres ont été brisés aussi. La plupart des feux de signalisation est en grève. Enfin nous retrouvons la civilisation à base d’électricité et de réseau mobile.
Et me voilà à vous écrire depuis cet espace de coworking. Je dois être un des seuls à pouvoir affirmer que lorsqu’il fait du télétravail c’est justement qu’il n’est pas chez lui.
Après m’avoir déposé, Yoko est partie vers Oura pour prendre des nouvelles de ses parents et filer un coup de main le cas échéant. On se retrouvera en fin de journée.
L’espace de coworking où je me trouve est sponsorisé (?) par la marque de camping Snowpeak. Dans le grand open space où je me trouve, il y a des tentes montées. Le mobilier est essentiellement composé de tables et de chaises de camping. Et c’est sous la tente que je vous écris. Je suis un réfugié climatique de luxe.

J’ai envie de dédier cet article à tous ceux qui pensent que le réchauffement climatique sera surmonté par des solutions technologiques. La nature et les événements qu’elle peut provoquer peuvent mettre à bas notre fragile société techno en très peu de temps. Si, comme les scientifiques essayent de nous le dire, ce type d’événement tend à se multiplier, il faut y penser dans nos schémas de résilience. Plus qu’une révolution technologique, c’est bien d’une révolution sociale dont nous avons besoin. Une révolution qui nous permettra de faire face à hauteur d’humain, avec nos mains et nos cerveaux, et non pas en étant infantilisé par des technologies qui, certes, nous connectent à travers le monde, mais nous déconnectent de la réalité. La techno fait pshitt quand il n’y a plus ni électricité ni connexion.

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