Après avoir fait mon petit tour en solitaire aux aurores, je retrouve le reste de la troupe. Après un petit déjeuner vite avalé, nous nous rendons dans une agence de location de voitures où nous avons réservé un véhicule la veille. Nous allons pouvoir nous lancer dans un tour de l’île. J’espère ainsi vous faire découvrir un peu plus sa physionomie générale.
Il serait de toute façon un peu illusoire de faire autre chose que le tour de l’île avec un véhicule terrestre. Tout le réseau routier se déploie autour d’une route principale qui longe la côte. Les rares routes qui grimpent dans la montagne servent à accéder aux départs de randonnées, elles sont souvent le reliquat d’un temps ou la forêt a été exploitée (on en reparlera). Toutes ces routes finissent en cul de sac, il n’y a pas de traversée en diagonale de l’île.
Petit aspect pratique pour celles et ceux qui seraient tentés de visiter Yakushima : il vaut mieux éviter d’improviser la location de voiture. D’après la personne qui nous a accueillis, toutes les agences sont à flux tendu et il faut réserver plusieurs jours à l’avance pour être certain d’obtenir un véhicule. De notre côté, nous avons de la chance car un désistement de dernière minute nous a permis de réserver la veille pour le lendemain.
Autre remarque : l’île est dotée d’un réseau de bus. Celui-ci donne des contraintes fortes. Il y a une ligne principale qui fait presque le tour de l’île. C’est la plus fréquente. Il y a quelques lignes secondaires qui permettent d’accéder aux entrées des randonnées mais, comme raconté dans un précédent article, il y a peu de bus sur ces lignes et les derniers redescendent tôt au pied de l’île (16h10 depuis Shiratani Unsuikyo).
Reprenons notre récit. Nous entamons notre virée dans le sens des aiguilles d’une montre. Premier arrêt : Matsumine Ohashi. Il s’agit d’un pont sur la rivière Anbo qui offre une vue superbe. Outre la beauté des eaux, on peut constater le côté abrupt de la montagne et l’abondance du couvert végétal. Bien qu’il soit neuf heure et demie, il fait déjà très chaud, surtout sur un pont sans ombrage, et la tentation est grande de plonger. Seul le ratio entre la hauteur de la chute et la profondeur de l’eau nous retient.


Le côté abrupt de l’île s’explique par sa composition : c’est un gros bloc de granit qui affleure parfois quand la végétation ne peut plus s’y accrocher.

Cette caractéristique donne naissance à des paysages forts comme Senpiro no taki, rencontre d’un flan de granit et d’une cascade de 60 mètres de haut.


En nous approchant de la cascade, nous tombons sur des individus qui ont trouvé plus sage de ne pas se transformer en hominidés. Je n’ose pas leur donner tort, j’ai peur de manquer d’arguments, même s’il y a des hominidés tout à fait recommandables comme les orang-outan, les chimpanzés ou les gorilles.

Nous poursuivons notre tour. Depuis les bords de l’île, les pentes escarpées nous empêchent de voir les plus hauts sommets qui se trouvent en son cœur. Nous découvrons néanmoins d’autres cascades et d’autres points de vue.




Après la pause déjeuner, nous nous rendons à Ohko no taki, la cascade la plus haute de l’île avec ses 80 mètres de haut.

Si l’aspect visuel du site n’est pas aussi fort qu’à Senpiro no taki, le lieu est très appréciable par la fraîcheur qu’il procure. On peut accéder jusqu’au pied de la cascade et profiter des embruns, tout en étant à l’ombre à cette heure la plus chaude de la journée. Nous faisons une longue pause.
Les libellules volent par dizaines dans les courants d’air frais, comme si elles appréciaient elles aussi les bienfaits de la chute d’eau.

Nous descendons un peu en aval pour faire des bains de pied. Instantanément, tout un service de pédicure ultra-méticuleux se met en place, c’est ça le service à la japonaise !

Nous reprenons la route une heure plus tard (et les pieds propres). Nous dépassons le terminus du bus pour emprunter l’unique route qui longe l’ouest de l’île. Cette petite route s’appelle Seibu rindo, la route forestière de l’ouest. Elle sinue à flanc de montagne sur environ 25 km, deux voiture ne peuvent s’y croiser à moins d’utiliser les espaces plus ou moins improvisés pour de telles situations. Il y a peu de paysages à admirer car malgré la topographie abrupte, nous sommes constamment en sous-bois. Il s’en dégage le sentiment d’un long tunnel vert.

On roule doucement dans ce tunnel, non seulement parce que la route enchaîne virage sur virage, mais aussi parce que la faune y prend ses aises. Ainsi avons-nous pu observer des macaques japonais (saru) et des cerfs (shika) sans que ceux ne s’effarouchent au passage de la voiture. À vrai dire, c’est plus nous qui étions effarouchés par les singes que l’inverse. On sent bien qu’il ne faut pas trop les regarder en face…

Comme c’est moi qui conduisais, je n’ai pas fait beaucoup de photos, et notamment pas des singes. Donc la photo qui suit est une photo de mon frère. Je veux dire, c’est lui qui l’a prise, hein ! Pas de méprise…

Nous retrouvons la civilisation après avoir roulé un temps indéterminé. Nous amarrons notre voiture à un parking en bord de plage. L’endroit est très surveillé car sur cette plage en particulier, de nombreuses tortues viennent pondre. Des zones entières de la plage sont interdites en raison de la densité des nids (on dit comment pour le lieu de ponte d’une tortue ?). Chaque nid est signalé par un ou des bâtons plantés dans le sable. La visite des plages à la nuit tombée est très encadrée. Il y a des documents qui expliquent ce qu’on peut faire et surtout ce qu’on ne peut pas faire. Ils recommandent notamment de ne pas allumer les phares des voitures sur les parkings, ne pas utiliser les téléphones à cause de la lumière qu’ils produisent, ne pas marcher partout, etc. Les tortues doivent pouvoir pondre sans être dérangées et les petits doivent pouvoir gagner la mer sans se perdre.

Nous finissons notre tour de l’île en admirant un joli torii sur fond de soleil couchant et, de retour à notre point de départ, tout finit en rires et en chansons autour d’un bon repas et d’une bonne bière.


Ce tour de l’île nous a tous ravis. Ici encore, la présence de la montagne, de la forêt, des cascades et des animaux force la porte de nos esprits pour nous transporter dans un monde irréel. La réputation de l’île est vraiment à la hauteur de ce qu’on y trouve, la nature y est magnifique et a un côté magique très bien exploité par Miyazaki, le célèbre réalisateur ds studio Ghibli.
Il me reste encore une journée à vous raconter à Yakushima et ce sera l’objet du prochain article. J’essaye de vous faire ça rapidement car j’ai déjà d’autres trucs à vous montrer et je sens déjà le retard qui s’accumule…

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