Alors je vous rassure tout de suite, ce n’est pas de l’eau que j’écope. Mais le déluge m’interdisant toute sortie désherbage et taille dans le jardin, j’en profite pour vous parler de trucs qu’on a fait ce printemps mais que je n’ai pas eu le temps d’évoquer ici.
En février (le 11 pour être précis), nous sommes allés à Kasasa qui est un petit port de pêche un peu à l’ouest de chez les parents de Yoko. C’est-à-dire encore un peu plus loin vers le bout du monde. D’ailleurs, si on tire une ligne horizontale sur la carte, le premier truc civilisé qu’on trouve à l’ouest de Kasasa c’est… Shanghai.

Après avoir avalé un poisson qui n’avait rien demandé et malgré un temps plus que maussade, je suis parti faire un tour dans le quartier du port pendant que Yoko faisait la sieste dans la voiture.





Je pense qu’en voyant les photos, vous comprenez bien que l’endroit n’attire pas des masses de touristes. Il n’y a pas grand monde qui roule en Ferrari par ici. De toute façon, de nombreuses maisons sont tout simplement inaccessibles en voiture, uniquement par des escaliers, comme sur la photo ci-dessus. On pourrait trouver cela pittoresque, mais un pittoresque un peu tristoune alors. Comment et pourquoi on vit ici ? C’est une bonne question. Mais comme Pierre Bourdieu ne répond pas au téléphone, je ne pourrais pas vous en dire plus. C’est un petit port de pêche tout au bout du Japon.
Ceci dit, malgré ce que je viens de vous montrer, nous sommes venus jusqu’ici pour un festival : Oiseko.

Ce festival est la commémoration d’un temps où les villageois ne pouvaient se permettre de faire de façon individuelle le pèlerinage à Ise, le temple le plus important du Japon (on retrouve Ise dans le nom du festival Oiseko). Une collecte de dons était alors organisée pour envoyer un représentant tiré au sort prier les dieux là bas. Ce type de pratique est répandu dans les petites communautés villageoises par ici et existe depuis au moins le XVe siècle.
On nous invite à entrer dans le centre communautaire pour voir les préparatifs du festival. Pendant que les femmes préparent le zenzai, une soupe de haricots rouges, pour nous réchauffer (on est en février, je rappelle), les hommes enfilent leurs costumes et la Joconde se rince l’œil (oui oui, regardez bien sur la photo, on sait pourquoi elle sourit maintenant).

Au fond de la salle du centre communautaire, on peut voir des offrandes devant un petit sanctuaire : un peu de fruits, quelques légumes, un gros poisson (dans une assiette au sol) et… beaucoup de shochu bien sûr !
En bas à gauche, des ustensiles qui accompagneront la procession : un taiko (tambour) et deux coffres recouverts de papier doré qui sont censés contenir les offrandes du village pour le voyage. Ces coffres sont attachés à de faux naginata (sortes de lances japonaises).


Et c’est parti, le cortège se met en place. Depuis le centre communautaire situé un peu en hauteur, il va passer devant le temple puis descendre vers le port. Vous remarquerez qu’ils sont nombreux à être pieds nus.
Arrive en tête un homme avec des cymbales qui donne le rythme. Viennent ensuite deux portes nobori (bannière). Derrière eux 16 hommes avec des naginata plus les deux qui portent les coffres. Et pour finir le défilé des hommes masqués, il y a les deux porteurs pour le taiko.
Bon, là je ne peux pas vous le mimer mais ils avancent d’un pas chorégraphié et en faisant un mouvement de balancier avec la lance de gauche à droite. Et ils chantent (ou crient ?) « Oiyana ! Oiyana ! » (qui veut dire on ne sait pas quoi car c’est du vieux dialecte de Kagoshima).

Après le passage de la troupe, nous retrouvons le petit sanctuaire qui était dans le centre communautaire. Il est suivi par un garçon choisi car il n’est pas encore entré à l’école primaire puis par… une prêtresse ? J’avoue, je ne suis pas encore au point pour reconnaître une fonction selon le costume.


Plusieurs fois lors de leur descente vers le port, à un signal donné, les démons du cortège se précipitent sur la foule pour toucher les têtes des gens avec leur naginata. Apparemment, avant ils frappaient vraiment du plat de la lame. Et comme ils étaient masqués, ils pouvaient frapper n’importe qui sans distinction. Visiblement, les démons se sont adoucis et posent leurs lances sur nos têtes avec bienveillance. Ce qui n’empêche pas les enfants de pleurer et crier de peur devant les masques !
Être ainsi touché est une bénédiction qui nous évitera de tomber malade dans l’année qui suit. Donc, pour ceux qui se soucient de ma santé, c’est ok pour moi jusqu’en février 2025.


La procession se rend jusque sur la grande digue du port, mais nous ne suivons pas le cortège. Nous reprenons la voiture et retournons nous réchauffer dans la maison familiale.
En fait j’avais prévu de vous parler d’autres trucs aujourd’hui mais j’ai été bien bavard encore. Il ne faudra donc pas s’étonner de voir débarquer d’autres articles en ordre déchronologique (comment on dit quand ce n’est pas dans l’ordre chronologique ?). Mais bon, je crois que vous commencez à avoir l’habitude…

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