Dans l’épisode précédent : Yoko et Gildas ont crapahuté dans le parc national de Kirishima Kinkowan en long et en large, mais pas en travers. Aussi pensent-ils revenir une autre fois pour aborder le parc sous un autre angle. Car les vacances ne sont pas éternelles, ça fait déjà deux jours que ça dure, il est grand temps de se remettre au boulot. Mais d’abord…
D’abord il faut remercier et dire au revoir aux dieux. Selon la tradition (c’est à dire selon la maman de Yoko), l’idéal est de visiter trois temples dans la matinée. Soit.
Nous commençons par visiter un temple… qui n’existe plus ! Bravo ! C’est bien parti… Pour comprendre, remontons un poil en arrière, en l’an 788. À ce moment-là, un premier temple édifié entre les monts Takachihonomine (1574 m) et Ohachi (1408 m), deux volcans, est détruit par une éruption. Un nouveau temple, le Furumiya-ato, est bâti à Takachiho-gawara (970 m d’altitude) à trois kilomètres de là. Évidemment, ce n’est pas beaucoup plus loin, et le temple est encore détruit dans une éruption du mont Ohachi en 1234. C’est bien ici que nous allons.
« Qu’est ce qui pousse les gens à construire dans de tels endroits ? » me demanderez vous. C’est simple : c’est ici que Ninigi-no-Mikoto, le petit-fils d’Amaterasu est descendu sur Terre. Ok, j’en vois qui ouvrent de grands yeux et qui se demandent qui c’est Mi-nigaud Mi-cadeau et Mama Tiramisu…
Amaterasu ? C’est, en toute simplicité, la déesse du Soleil, une divinité majeure du shintoïsme qui règne sur le royaume céleste. C’est elle qui est figurée sur le drapeau japonais, le fameux rond rouge. On enlève son chapeau et on s’incline profondément devant la dame.
Et Ninigi-no-mikoto ? À part avoir un nom rigolo, il s’agit donc du petit-fils d’Amaterasu. Cette dernière l’a envoyé sur la Terre pour qu’il y plante du riz et qu’il gouverne le monde (heureusement que je ne suis pas le petit fils d’une divinité, bonjour le boulot que ça doit être). Effectivement, le premier et mythique empereur japonais, Jinmu, est l’arrière petit fils de Ninigi-no-Mikoto. Tous les empereurs descendent de lui (officiellement, hein ! Moi je ne sais pas comment on vérifie un truc pareil). Jinmu lui-même serait né dans le coin avant de migrer avec ses frères vers le Yamato situé quelque part sur Honshu (mais tout le monde n’est pas d’accord pour savoir où c’est). Mais assez parlé famille, surtout qu’ils sont nombreux et tous avec des noms plus ou moins tarabiscotés (aucun ne s’appelant Louis, François ou Anne…).
C’est donc un sol foulé par des orteils divins et impériaux que nous avons souillé avec nos gros sabots toute la journée hier. Tout ça vaut bien quelques excuses pour nos diverses impolitesses…

En arrivant au pied du portique, nous entendons le souffle d’une trompe, genre corne de brume (mais en moins fort quand même). Ça nous met dans l’ambiance. Arrivés sur la plateforme, que voyons-nous ? … Ben rien. Ou pas grand-chose. Quelques fondations en pierre, trois marches et un moine qui balaie la poussière. C’est lui qui, une fois de temps en temps, pose son balai et souffle dans une sorte de cornemuse mais avec un seul tuyau.
On ne s’attarde pas. Deux frappes dans les mains, salutation, prière, salutation et zou ! Nous voilà partis. Je fais une photo du lieu pour bien me souvenir qu’il n’y a rien ici. Quand je la regarde maintenant, je me demande si les dieux n’ont pas pris la pose. On voit leurs auréoles…

Nous nous rendons maintenant à l’actuel Kirishima Jingu. C’est en quelque sorte le descendant de celui dont je viens de parler. Il est situé à trois ou quatre kilomètres de là (à vol d’oiseau), juste à côté des gorges de Shinsui dont j’ai déjà parlé. Cette nouvelle version qui nous attend date de 1715, des versions intermédiaires ayant été détruites par le feu à plusieurs reprises.
Le torii qui signale la présence du temple est tout à fait modeste…

Nous sommes accueillis sur le parvis du temple au son des tambours et des trompettes (décidément, ils se sont donné le mot ce matin), mais ce n’est pas pour nous (ah bon ?). Une cérémonie a lieu au cœur du temple et nous n’en voyons rien. De toute façon, il y a bien d’autres choses à voir.




Un jeune couple en habits traditionnels se prend en photo devant le cèdre sacré vieux de 800 ans. Je m’esbaudis, lui en a vu d’autres…


Dire que c’est beau serait d’une grande banalité, mais bon… c’est beau, alors ! Le temple a été déclaré bien culturel important au Japon.
Les prêtres vaquent à leurs occupations tandis que nous nous avançons sous les arbres derrière le temple où nous attend un autre sanctuaire contrastant fortement avec le premier dans sa simplicité.


En contrebas du temple, des bâtiments traditionnels complètent le tableau. Derrière un portique, un jardin traditionnel avec un pavillon grand ouvert qui laisse voir une belle calligraphie.


Avant de quitter Kirishima jingu, une branche d’érable nous rappelle que l’automne est proche et que, bientôt, les paysages que nous avons visités s’en trouveront transformés. Le temps nous manquera forcément. Il nous faut profiter de l’instant présent.

Sur le chemin du retour, nous nous arrêtons voir un troisième temple. Celui-ci ne semble avoir rien d’extraordinaire à première vue. Et pourtant…

Le Ryusenji Sarutahiko jinja (edit : je me suis trompé ! Le dieu Gougueulmape m’a induit en erreur…) abrite un dieu qui protège ma femme. Ça vaut bien le détour car ma femme, c’est mon bien culturel important à moi.
Après ça, nous filons plein sud pour regagner la maison. Il faut que je sois à l’heure pour l’ouverture des bureaux en France. À 16h, ma journée de travail va commencer. Le Kaimondake est toujours là, insensible à notre absence.

Voilà qui clôt nos vacances de trois jours et cette série de cinq articles. C’était dense et varié. Nous avons bien profité et nous nous sommes promis de revenir à Kirishima à une autre saison. Il reste encore des choses à découvrir ici. Trois jours, ce n’est pas beaucoup de temps, mais ça peut être beaucoup de richesses dans nos vies. Il faut détourner le regard de ce qui nous fige sur place et prendre le temps de bouger. Tiens ! Ça devrait parler aux aikidoka ça !

Laisser un commentaire