Le supplément du dimanche : deuxième

C’est le week-end, finie la semaine, allons z’à la campagne ! Ça c’est ce que chante Kent. Nous, la campagne, on y est déjà. Tout ce qu’on fait, c’est changer de campagne. Donc après un bon coup de jardinage samedi matin, nous voilà direction Oura comme chantait Joe Dassin. Si si ! souvenez-vous : « Oura où tu voudras quand tu voudras… » (l’occasion de préciser que Oura se prononce o-ou-ra et non pas comme hourra !).

Avant d’atterrir chez les parents de Yoko, nous avons fait un crochet par Soramado dont je vous ai déjà parlé. Comme si l’architecture de l’endroit ne suffisait pas à perturber mon espace temps, Natsumi-san, qui tient le lieu avec Seiichiro-san, était en kimono. Elle l’avait choisi sobre, presque un peu rustique, d’un gris légèrement bleuté. Toute la subtilité était dans la trame de la toile qui, manifestement, croisait plusieurs nuances pour arriver à cette teinte d’un aspect chiné. Afin de ne pas rester en froid avec ce gris-bleu, le obi était d’une couleur crème, traversé par des traits d’un noir passé, comme des coups de pinceau à l’encre diluée. L’ensemble était encore relevé par un obijime (ceinture du dessus) jaune moutarde et un obiage (ceinture du dessous dans un ton orangé. Si je vous décris tout ça, c’est parce que je ne vous montrerai pas de photo. Il est très rare que je sois à l’aise pour prendre les gens en photo, et encore moins pour les publier. Donc désolé d’avoir à vous laisser avec votre imagination. Toujours est-il que ce kimono était parfaitement harmonieux avec le café librairie.

Le lieu en lui-même est très photogénique. Quand j’y suis, il est difficile de calmer le regard qui saute d’un endroit à l’autre en criant « tu pourrais prendre une photo de ça ! Et là ! Tu as vu ce coin ? Sous cet angle ! Regarde sous cet angle ! Tu le vois le reflet ? » Je ne résiste pas à l’envie de vous montrer de nouvelles photos prises sur place. Cette fois-ci, la soirée arrivant, les lumières artificielles du lieu ont joué pleinement leur rôle.

Comme je l’évoquais dans mon article précédent, Soramado remue mon âme, entre autre par la nostalgie qui s’en dégage. Une pause, le temps suspendu dans une vieille maison transformée en café, au milieu des livres d’occasion. J’aime beaucoup ces passerelles entre les époques, quand la ligne du temps devient incertaine.

Arrivés chez les parents de Yoko, j’ai été à nouveau rattrapé par la nostalgie. Il y avait à la télévision un des films qui met en scène Tora-san.

Il faut que je vous parle de Tora-san. Ce personnage, incarné par Kiyoshi Atsumi, est le héro d’abord d’une série télévisée en 26 épisodes diffusés en 1968, puis d’un ensemble de 50 films (!!!) désignés sous le titre commun C’est dur d’être un homme (par comparaison, il y a « seulement » 26 James Bond). La sortie des films s’étale de 1969 à 2019, les deux derniers étant un peu des hors série puisque l’acteur phare est décédé en 1996 (des personnages secondaires deviennent alors les héros). Ces films sont un grand classique du cinéma nippon bien que plutôt inconnus en dehors de l’archipel. Si vous connaissez un japonais, demandez-lui qui est Tora-san !

Soyons clair : je ne comprends pas grand chose à ces films puisque mes compétences en japonais, bon… c’est plutôt limité. Ce qui m’intéresse ici c’est le décors. Tora-san traverse trois décennies, du miracle économique japonais, qui devient la deuxième économie mondiale au début des années 60, jusqu’à l’explosion de la bulle dans les années 90. On peut donc voir le Japon évoluer en arrière plan de l’action (si on regarde tous les films…). Le personnage principal étant une sorte de camelot, ses aventures donnent à voir un Japon populaire. Vous pourrez trouver facilement sur internet des bandes annonces des films, mais si vous voulez en savoir plus, vous pouvez regarder cette interview en trois épisodes Le Japon vu par Tora-san – Claude Leblanc (un dizaine de minutes chacun).

Si vous aimez les séquences « nostalgie du Japon », je vous recommande au passage la playlist Japan nostalgic de TRNLG sur Youtube.

Et puis d’abord, c’est quoi toutes ces histoires de nostalgie du Japon ? Peut-on être nostalgique de quelque chose qu’on a jamais vécu ? Nostalgique par procuration ?

Laissons Tora-san et revenons à aujourd’hui. Il pleut. Il pleut même beaucoup. Plus de 100 mm sont attendus sur la journée. Ce sont les éclaboussures du typhon qui a touché Taïwan la semaine dernière et qui s’éparpille jusqu’ici. Rentrés chez nous, il ne me reste pas grand chose à faire que de fantasmer sur les images du Japon et de recoller les morceaux avec ce que j’ai sous les yeux au quotidien. Le Japon que je vis sera-t-il le Japon fantasmé d’une génération à venir ? Ce futur fantasme serait alors ma réalité. Sans doute suffit-il d’ouvrir les yeux…

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