Mon nouveau bureau, je l’aime. Comment dire autrement…
Lorsque je lève le nez de mon travail, je suis immédiatement transporté dans un autre lieu, voire un autre temps. Derrière mon écran s’alignent quatre fusuma, ces cloisons coulissantes et opaques (à ne pas confondre avec les shôji dont j’ai parlé précédemment) qui me séparent de l’atelier de Yoko. Deux paysages s’étalent chacun sur une paire de fusuma. Ils montrent une vallée dans un style simili sumi e (technique de lavis à l’encre noire utilisée au Japon depuis le VIIIe siècle). De part et d’autre d’une rivière qui se perd dans la brume, on aperçoit les toits en chaume de maisons traditionnelles.


Le soir, les rayons du soleil viennent jouer dans le décors. Je ne peux m’empêcher de penser à l’Éloge de l’ombre de Tanizaki. Il est certain que dans cette pièce on n’a pas envie d’allumer le plafonnier, de tout éclairer d’une lumière crue. On laisse plutôt les ombres s’étendre et vivre leur vie. Elles laissent alors deviner des formes, donnent de la profondeur, dissimulent, offrent un espace à l’imagination.
À propos de plafonnier, il y en a tout de même un, que je n’utilise pas. Il est typique des pièces traditionnelles japonaises. Il s’active par le petit cordon qui pend au centre. Pas d’interrupteur dans la pièce. Selon le nombre de tractions sur le cordon, il y a trois niveaux de lumière. Vous remarquerez au passage le plafond à caissons.


Au dessus des fusuma, des décors sculptés, percés dans le bois permettent une circulation de l’air entre les deux pièces.
Tout dans la pièce évoque des matériaux naturels ou artisanaux. Même si ce n’est sans doute pas le cas, la sensation est là. Le bois des structures, la paille de riz et le tissu des tatamis, le papier des cloisons… D’ailleurs, derrière moi, c’est un véritable arbre qui vient délimiter le tokonoma, cet espace qui sert à exposer des objets précieux. Voyez comme la petite porte coulissante à droite a été façonnée pour épouser la forme de l’arbre.

Le mobilier de la pièce se limite à l’essentiel. Je travaille sur une table basse, assis sur un zafu, parfois directement sur les tatamis. Je ne vais pas le cacher, la position est relativement inconfortable lorsqu’on a passé sa vie à s’assoir sur une chaise, mais… Mais quoi ? Je ne sais pas trop en fait. Je crois que le contact des tatamis y est pour quelque chose. À moins que ce soit le fait qu’une table et une chaise seraient parfaitement incongrus dans cet endroit ? La pièce est conçue pour vivre près du sol et, malgré mes genoux qui demandent grâce parfois, je me plie volontiers à l’usage du lieu. J’accepte le dépaysement. Mais je dois aussi accepter de me déplier douloureusement après quelques heures à bosser.
Outre les fusuma, mon bureau se ferme avec trois shôji qui le séparent du engawa. Le engawa est cette sorte de couloir qui dessert nos deux espaces de travail et qui sert de transition entre les pièces et le jardin. Le sol en est en parquet. Une grande baie vitrée ouvre sur le jardin. Mais ce soir vous ne verrez rien que le reflet de mon bureau…


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